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Pierre Lachkar, Couleurs : Interieur – Exterieur

Auteur : Lise Cohen | Pierre Leoutre

Date de saisie : 09/05/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : les 2 encres, Cholet, France

Prix : 28.00 / 183.67 F

ISBN : 978235168735

GENCOD : 978235168735

Sorti le : 09/05/2008

  • Les presentations des editeurs : 10/05/2008

Cet ouvrage retrace le parcours de ce peintre, diplome en architecture, ne a Fes en 1945, rapatrie en 1967 et installe a Toulouse depuis lors. Marque par les couleurs et la lumiere de son enfance autant que grand admirateur des artistes de l’Ecole de Paris – Soutine, Chagall,… – Pierre Lachkar a su trouver sa propre musique.
Coloriste remarquable, Pierre danse avec les loups en des mouvements et des lignes amples et rondes. Il tourne autour des arbres et les arbres autour de nous. Ses tableaux naissent de ses voyages : Collioure, Ceret, Saint-Jean-de-Luz, Aix-en-Provence, Toulouse.
L’ensemble de son envie revele son amour du Sud, en explosions chromatiques surprenantes. Deformations, restructurations, reves forment autant d’histoires ou de contes.
Cependant, l’influence familiale et surtout religieuse impregnent aussi ses interrogations mystiques. Jardin secret de l’exil, le sien et celui de sa communaute.
Sensibilite exacerbee, belle naivete de l’enfance, gout de la Vie et recherche du bonheur simple et paisible dans un monde dangereux et tragique. Une oeuvre faite d’interiorite et qui invite a l’ouverture aux autres.

Laure Moreno

  • Les courts extraits de livres : 10/05/2008

La Beaute residera dans les tentes du Nom

Nous etions toute une generation des enfants du Heder, jusqu ‘aux etudiants talmudistes epuises par tant d’annees passees a la seule analyse des textes. Nous emparant de crayons et de pinceaux nous avons commence a dissequer la nature mais aussi a nous dissequer.
Qui etions-nous ?
Quelle etait notre place parmi les nations ?
Qu’en etait-il de notre culture ?
A quoi devait ressembler notre art ?
Tout cela s’ebaucha dans quelques petites villes de Lituanie, de Russie blanche et d’Ukraine pour se prolonger a Paris et aboutir a Moscou.

El Lissitzky
Revue Rimons Milgroim
Berlin, 1923

Ainsi commenca l’histoire de l’Ecole des peintres juifs de Paris. Le judaisme avait connu la musique, la danse, mais la peinture semblait lui etre etrangere. C’est avec le mouvement d’emancipation a l’Est de l’Europe que la peinture prit son essor en meme temps que la litterature profane dans les langues des pays d’accueil mais aussi dans la langue hebraique renouvelee.
Les jeunes Juifs se consacraient auparavant aux etudes talmudiques, et un interdit – l’interdit de la representation – semblait peser sur l’activite artistique, particulierement peinture et sculpture. Le texte de la Bible nous donne bien cette injonction : Tu ne feras aucune image sculptee, rien qui ressemble a ce qui est dans les deux la-haut, ou sur la terre ici-bas, ou sous les eaux, ou au-dessous de la terre. (Exode XX, 4)
L’arrivee dans la peinture fut-elle une transgression de l’interdit ?
Les arts en Occident et en Orient s’ancrent dans des traditions profondes telles que l’on puisse faire une histoire de l’art. Mais les Juifs n’avaient pas d’histoire et leur art n’avait pas de tradition. Kikoine avait egalement ecrit : Puisque nous autres Juifs n’avons pas de traditions picturales comme les Italiens, les Espagnols ou les Francais, nous devons assimiler, digerer avec notre intelligence.
C’est pourquoi les artistes juifs de l’Ecole de Paris disent qu’ils avaient disseque la nature et qu’ils s’etaient disseques eux-memes pour commencer de peindre. Mot dur et technique, scientifique, qui rappelle les premieres dissections de corps humains, a l’epoque de la Renaissance, lorsque le monde nouveau s’affranchissait des contraintes religieuses medievales. Beaucoup de Juifs – marranes – participaient a ces inventions.
Mais faut-il louanger le marranisme et l’emancipation qui auraient fait sortir les Juifs de l’obscurantisme religieux ? Ce raisonnement ressemble a celui des ecrivains des lumieres qui voulaient separer les Juifs de leurs lois et coutumes pour les regenerer. A ce titre l’argument est incertain, non pas parce qu’il serait tenu par des personnes etrangeres au judaisme, mais parce qu’il y a comme un leger vent d’hostilite a l’egard d’une tradition plurimillenaire. Dans cette optique, les Juifs qui deviennent artistes, a la faveur de l’emancipation, ne feraient que s’eloigner de l’experience juive ancestrale. Un artiste juif serait alors un Juif regenere. Ayant quitte sa tradition.
Ne pourrait-on trouver dans l’existence juive elle-meme le ferment qui donne place a l’art ? Faudrait-il alors parler d’un art juif ?
Le concept d’un art juif est egalement obscur. Il suggere plutot une decoration artistique pour un usage religieux. Ce qui n’est pas une bonne chose pour l’art. La mise en oeuvre au service d’une ideologie ou d’une religion. Un artiste en effet demeure libre a l’egard de ces contraintes. Non pas qu’il soit parfaitement autonome, mais il a d’autres contraintes, des exigences tres profondes et imperieuses. Une obeissance, une vocation. A sa maniere.
Essayons de reformuler la question. Depuis l’epoque de l’emancipation, il existe des artistes juifs qui ont entrepris leur creation hors d’une tradition, en dissequant la nature et eux-memes. Ils se disent juifs, pas seulement a cause des themes qui apparaissent dans leurs oeuvres (rabbins barbus et rouleaux de la Torah chez Marc Chagall et Pierre Lachkar), mais a cause d’une maniere, d’une particularite dont nous cherchons a nous approcher.