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Place publique, n 8

Date de saisie : 05/04/2008

Genre : Arts

Editeur : Joca seria, Nantes, France

Prix : 10.00 / 65.60 F

ISBN : 978-2-84809-093-1

GENCOD : 9782848090931

Sorti le : 12/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 06/04/2008

Numero special : Julien Gracq et Nantes

Le velo en libre-service gagne le centre-ville

  • Les courts extraits de livres : 06/04/2008

Un grand chemin de livre en livre

RESUME > De Au Chateau d’Argol a Entretiens en passant par Le Rivage des Syrtes ou La Forme d’une ville voici un rapide apercu de chacune des oeuvres de julien Gracq. Une liste succincte de recommandations avant de se plonger ou de se replonger dans le grand bain gracquien.

TEXTE > PIERRE LE GALL
Publie en 1937, Au Chateau d’Argol apparait comme une longue nouvelle dans la lignee d’Edgar Poe. L’intrigue met aux prises deux jeunes gens, Albert et Herminien, et une femme, a la fois enjeu et victime du drame qui se joue dans le decor d’un manoir breton cerne par la mer et la foret. Ecrit dans l’urgence, ce roman sans psychologie, qui s’apparente au roman noir et rend hommage au romantisme tout autant qu’au surrealisme, fut d’emblee remarque par Andre Breton. L’auteur de Nadja adoube le jeune Gracq dans une lettre que celui-ci recoit comme un brevet de qualification.

A l’instar d’Au chateau d’Argol, Un beau tenebreux, roman ecrit entre 1940 et 1942 et publie en 1945, est l’histoire d’une fascination. Le temps d’un ete, un couple de jeunes gens mysterieux, Allan et Dolores, vient troubler le calme d’un petit hotel de bord de mer. La petite bande qui les accueille tombe sous le charme, mais le pacte de suicide qui lie le dandy byronien et la femme fatale ne tarde pas a tendre les relations des uns et des autres. L’arriere-saison prend peu a peu les couleurs d’un crepuscule tragique. Allan, cet etre si peu dechiffrable a qui l’amour sourit, se laisse prendre a son propre piege, son suicide resonnant des lors comme une fausse solution.

Liberte grande, seul recueil poetique de Gracq, compte trois editions successives de 1946 a 1969. Ces Illuminations gracquiennes constituent une sorte d’interlude entre des oeuvres d’une composition plus difficile. Chaque poeme prend l’allure du reve et le gout de l’espace, des vastes paysages, s’affirme a chaque page. Tour a tour grave ou moqueuse, toujours riche de surprises, l’ecriture dessine de nouvelles perspectives et apparait comme cette foudre espiegle dont parle Cocteau.

Dans Le Roi pecheur, piece ecrite entre 1942 et 1943 et publiee en 1948, Gracq s’approprie le mythe du Graal. Reinterpretation du Parsifal de Wagner, l’oeuvre se presente comme la quete passionnee d’un tresor ideal dans laquelle le sacre se separe de la transcendance. Le drame se joue, pour l’essentiel, entre la belle Kundrv – empruntee a Wagner – et le roi Amfortas, et la quete de Perceval reste inachevee. Pour Andre Breton, l’oeuvre, une merveille, doit etre tenue pour integralement surrealiste mais celle-ci semble plus proche de Claudel que de Vitrac. La premiere representation en 1949 est un echec qui blesse Gracq et l’eloigne de la scene.

Publie en 1948, Andre Breton est un essai inclassable. Gracq s’y livre a ce qu’il nomme lui-meme une critique de sympathie. L’epoque n’est plus au surrealisme et le portrait que Gracq dresse de l’auteur de Nadja se double d’un vibrant plaidoyer. Il s’agit, contre le roman existentialiste, de prendre parti pour une conception de la poesie, seule susceptible selon Breton de refaire de toutes pieces l’entendement humain. Cet exercice d’admiration est aussi, pour Maurice Nadeau, un excellent pastiche, qui livre les clefs d’une oeuvre en laissant entrevoir son pouvoir d’attraction.

La Litterature a l’estomac, publie en 1950, permet de verifier le bien-fonde de ce que Gracq declarait en entretien : La plume a la main, je suis assez facilement agressif. De fait, ce pamphlet – dont la verve evoque celle de certains brulots surrealistes – offre une satire mordante de ce que Baudelaire appelait la Canaille litteraire. En pleine guerre froide, au-dela de la critique de Saint-Germain, Gracq defend en outre le droit de ne pas ceder a la dictature de la metaphysique existentialiste.

Le Rivage des Syrtes est l’embleme de l’ecrivain. Ce chef d’oeuvre qu’Enrique Vila-Matas definit comme un recit brillamment desuet et d’un sublime classicisme retrace le destin de la Seigneurie d’Orsenna, Venise de reve menacee sur la frontiere des Syrtes par le mysterieux Farghestan. Dans un climat tres particulier, a la fois excitant et deprimant, selon Gracq lui-meme, le jeune Aldo guette longuement l’horizon au-dela des mers avant d’oser une reconnaissance chez l’ennemi. L’expedition n’atteint pas le rivage desire et le livre s’acheve au seuil de la guerre. Meditation sur le declin d’une civilisation, le livre marque l’aboutissement d’une ecriture. Le scandale suscite par le refus du Prix Goncourt est l’evenement de la vie litteraire de 1951.