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Professeur d’abstinence

Auteur : Tom Perrotta

Traducteur : Madeleine Nasalik

Date de saisie : 13/05/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Ed. de l’Olivier, Paris, France

Collection : Litterature etrangere

Prix : 22.00 / 144.31 F

ISBN : 978-2-87929-596-1

GENCOD : 9782879295961

Sorti le : 30/04/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Isabelle Anoman de la librairie ESPACE CULTUREL LECLERC a LIMOGES, France – 17/09/2008

Ruth est professeure d’education sexuelle dans un lycee. Apres avoir dit dans un cours que certains tirent du plaisir de la fellation, elle est traitee comme une paria. Au fil du temps, le mouvement puritaniste prend de l’ampleur. Il se developpe insidieusement dans tous les milieux rock, sportif…
Une satire de l’Amerique qui permet de reflechir. Ou est la vraie Amerique ? Celle des puritains et de Bush ou celle des “modernes”….

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Certains y prennent plaisir.
C’est ce commentaire imprudent sur la fellation qui va livrer a la vindicte populaire Ruth Ramsey, professeur d’education sexuelle dans un lycee de Stonewood Heights. Choques par sa liberte de ton, des parents appartenant a la tres traditionaliste Eglise du Tabernacle menacent de trainer l’etablissement en justice. Pour calmer le jeu, le directeur decide de faire appel a JoAnn Marlow, une Consultante Virginite qui utilise son sex-appeal pour proner l’abstinence jusqu’au mariage. Petit a petit, les puritains gagnent du terrain a Stonewood Heights…
Mais Ruth Ramsey n’a pas dit son dernier mot. Ni Tim Mason, le tres charismatique coach de l’equipe de football.

Perrotta poursuit sa radiographie satirique de l’Amerique dans ce roman cruel et desopilant. Fin observateur des moeurs contemporaines, il nous montre deux visages d’une societe pleine de paradoxes.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Madeleine Nasalik.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Miss Moralite

Le jour de la rentree, Ruth Ramsey, professeur d’education sexuelle, se pavanait en minijupe jaune citron, top noir ultramoulant et sandalettes a talons hauts. Cette tenue tapageuse, qu’en temps normal elle n’aurait meme pas choisie pour seduire un amant potentiel – precisons que les galants ne se bousculaient pas a son portillon -, et encore moins pour se rendre au lycee, elle la considerait comme un modeste acte de rebellion, une sorte de memento qui rappellerait, a elle-meme et a quiconque se sentirait concerne, qu’elle participait contre son gre a la pantalonnade censee avoir lieu un peu plus tard dans la matinee, lors du cours de sante & vie familiale.
En route vers la salle de classe, Ruth effectua son crochet rituel par la bibliotheque ou officiait Randall, documentaliste en chef, qui attendait son grand latte au lait ecreme avec la febrilite d’un junkie. Echange de bons procedes, Randall se chargeait de l’excursion Starbucks a midi. Prof et bibliothecaire s’etaient lies d’amitie quelques annees plus tot en se decouvrant une repugnance commune a l’egard du cafe distribue en salle de repos – que Randall qualifiait, en langage fleuri, de pisse Maxwell a peine tiede – et depensaient volontiers des sommes folles pour echapper a cette calamite.
Lorsque Ruth s’approcha, Randall ne quitta pas des yeux l’ecran de son ordinateur. Un naif aurait salue en lui le zele du pro des sciences de l’information, absorbe de bon matin dans des recherches de la plus haute importance, mais Ruth n’etait pas dupe : Randall ecumait eBay en quete de figurines Hasbro, tache a laquelle il s’attelait plusieurs fois par jour. Gregory, son compagnon, agent immobilier prospere et artiste (a temps partiel), confectionnait des dioramas elabores mettant en scene des GI Joe Resistance francaise – modele quasi introuvable sur le marche, dont le tenebreux charme latin etait mis en relief par un col roule noir et un beret assorti. Dans sa derniere oeuvre, Gregory s’etait donne un mal de chien pour reconstituer, jusqu’aux moindres details, un cafe parisien a la fin de la Seconde Guerre mondiale. S’y tenaient une dizaine de poupees identiques qui se lancaient des oeillades expressives par-dessus des nappes de vichy rouge, des gauloises microscopiques, bricolees a la main, collees a leurs doigts en plastique.
– Alleluia, marmonna Randall a peine Ruth eut-elle place le gobelet fumant sur son bureau. J’etais en train de sombrer dans le coma.
– La peche est bonne ?
– Pas grand-chose, quelques fantassins russes. Etat neuf mon cul.
Randall se detourna de son ordinateur et, a la vue de sa collegue, ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.
– Ta mere t’a laissee sortir habillee comme ca ? Ca m’etonne.
– C’est mon nouveau look. Tu aimes ?
Ruth prit la pose, se dehancha et se creusa les joues comme un mannequin. Randall l’examina des pieds a la tete, avec un soin particulier, profitant de son statut d’homo pour se rincer l’oeil.
– J’adore. Tu fais tres Mary Kay Letourneau, si tu me permets ce rapprochement.
– Les gamines m’ont sorti la meme chose. Sauf que dans leur bouche ca n’avait rien d’un compliment.
Randall s’empara de son latte, l’approcha de ses levres et souffla a trois reprises dans la fente du couvercle en plastique, devenu flute a bec.
– Elles devraient etre fieres que leur maman puisse encore se permettre ce genre de jupe a son…
Le flutiste s’interrompit, laissa planer un silence diplomatique.
-… a son age ? devina Ruth.
– Tu n’as rien d’une vioque. Sans compter que tu es superbe.
– Pour ce que ca m’apporte.
Sirotant son cafe, Randall haussa les epaules d’un air philosophe.