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Quand la ville se defait : quelle politique face a la crise des banlieues ?

Auteur : Jacques Donzelot

Date de saisie : 14/01/2008

Genre : Sociologie, Societe

Editeur : Points

Collection : Points. Essais, n 591

Prix : 7.00 / 45.92 F

ISBN : 978-2-7578-0687-6

GENCOD : 9782757806876

Sorti le : 03/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 15/01/2008

Quand la ville se defait

Racaille ! : un mot du ministre de l’Interieur, que pourtant les jeunes des banlieues s’appliquent par derision a eux-memes, a suffi pour provoquer trois semaines d’emeutes en novembre 2005. Jacques Donzelot tente de comprendre comment on en est arrives la. Il rappelle comment les banlieues ont ete concues, dans les annees 1950, lorsqu’on a voulu moderniser la societe par l’urbain en construisant des grands ensembles offrant a tous les memes conditions d’hygiene et de confort. Comment ce reve s’est effondre dans les annees 1970, quand ces cites sont devenues synonymes de relegation pour les plus pauvres. Comment la politique de la ville a ensuite echoue dans sa pretention a transformer cette situation. Parce qu’elle s’est plus preoccupee de transformer les lieux que d’accroitre la capacite de pouvoir des individus dans leur vie. Parce qu’elle s’emploie vainement a imposer une mixite sur place plutot qu’a faciliter la mobilite sociale de tous dans la ville. Parce qu’elle prend appui sur le pouvoir des elus locaux plutot que de travailler a creer une democratie a l’echelle de l’agglomeration.

Jacques Donzelot
Proche de Michel Foucault, est l’un des meilleurs connaisseurs de la ville, de son histoire dans les temps modernes et des politiques urbaines recentes. Il est l’auteur notamment de L’Invention du social (Fayard, 1984, Seuil, Points Essais, 1994), et de La Police des familles (Minuit, 1977 et Reprise, 2005).

  • Les courts extraits de livres : 15/01/2008

Extrait de l’introduction :

En un demi-siecle, la ville est passee du registre de la solution a celui du probleme. Durant les annees 50 et 60, elle a ete le moyen de la modernisation de la societe par l’urbain. Pour une France restee trop longtemps rurale et provinciale, pour des villes vetustes symboles d’entassement et de nuisance, la construction, a leur peripherie, d’ensembles d’immeubles offrant des logements spacieux, des conditions d’hygiene et de confort toutes nouvelles, et tout cela dans un cadre proche de la nature, apparut comme le remede enfin trouve aux troubles tant physiques que sociaux ou politiques attribues a l’accroissement des villes. Aussitot trouve, il fut administre a une societe qui entrait a toute allure dans l’ere de l’industrialisation, de la croissance et du progres. Tout cela se realisa sous la houlette d’un Etat modernisateur, soucieux de substituer les avantages fonctionnels de l’urbain moderne aux tourments sociaux dont la ville ancienne avait ete le theatre.
Mais, tres vite, a partir du milieu des annees 70, cette vision positive d’une ville enfin modernisee s’est singulierement effritee. Les grands ensembles, incarnation des Trente Glorieuses, sont devenus l’un des principaux soucis des gouvernements. Ils ne permettent plus l’acces au travail ou la stabilite de l’emploi, mais se trouvent bien plutot associes au chomage, a la precarite, a la pauvrete, a la concentration notamment de minorites ethniques, dont la jeunesse doute d’avoir un avenir et se montre prompte a l’emeute, portee aux trafics illegaux, a la dependance envers les formules de l’aide sociale. On a realise, egalement, que cette jeunesse des cites pouvait se mettre en quete de son identite propre, par le biais d’un retour ostentatoire au religieux, retour vite percu comme une insulte a la Republique par ceux, du moins, qui se trouvaient charges de leur en enseigner les bienfaits.
Ce rapide basculement dans le negatif de l’image des cites d’habitat social a entraine une acceleration du deversement des classes moyennes habitant ces cites dans les communes rurales de la peripherie. Dans ce territoire dit periurbain, on put observer l’emergence d’un nouveau mode de vie, associe a la montee des classes moyennes, appuye sur le developpement de l’habitat pavillonnaire et de l’automobile. Ces aventuriers du quotidien furent bientot rejoints par les anciennes classes moyennes des vieux centres, qui ne pouvaient y suivre l’augmentation du foncier. Dans les centres en question, on voyait s’installer une classe nouvelle, moyenne et/ou superieure, celle que Robert Reich a appelee la classe des manipulateurs de symboles : il s’agit, selon lui, de la classe emergente de la mondialisation, composee des professionnels de la recherche, de la communication, du conseil, de l’enseignement superieur, lesquels trouvent tous, dans les centres-villes, y compris les anciens quartiers populaires, le benefice d’une grande proximite avec leurs lieux d’emplois, mais aussi de plaisir et qui, a la difference de la bourgeoisie classique, ne redoutent pas la presence du peuple, en apprecient meme la proximite… Tandis que ce dernier se voit, lui, progressivement appele a quitter ces lieux si marques par son empreinte mais devenus impraticables du fait de la hausse des loyers et du foncier, hausse elle-meme due a l’attrait pour le centre des gentrifiers.
La ville se defait alors, selon trois tendances qui portent ses diverses composantes sociales a s’ignorer. Les minorites et les pauvres subissent un processus de relegation dans les cites d’habitat social; les classes moyennes, petites, intermediaires et aisees se refugient dans les communes rurales avoisinantes qui s’urbanisent ainsi et recoivent l’appellation generique de periurbaines (lorsque plus de la moitie de la population de ces communes travaille au dehors de celles-ci, il est difficile de les appeler rurales !). Ce processus de periurbanisation s’etend regulierement, selon une logique qui porte les plus pauvres des classes moyennes, puis les retraites, a s’installer toujours plus loin, la ou le foncier est le moins cher et/ou la tranquillite plus grande. Les centres sont affectes, eux, par la gentrification, cette expression anglaise servant donc a designer l’investissement des centres anciens par une population cultivee, soucieuse d’un acces privilegie aux avantages de la centralite, que ce soit pour le travail, le plaisir ou l’education de leurs enfants.