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R.-V. avec l’art roman

Auteur : Liana Castelfranchi Vegas

Traducteur : Fabienne Andrea

Date de saisie : 05/04/2008

Genre : Arts

Editeur : Ed. du Rouergue, Rodez, France

Collection : R.-V. avec…. Art et civilisation, n 6

Prix : 19.00 / 124.63 F

ISBN : 978-2-84156-931-1

GENCOD : 9782841569311

Sorti le : 04/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 06/04/2008

La collection R.-V. avec a pour but d’offrir une premiere approche des grandes expressions artistiques qui ont marque l’histoire de humanite. Grace a un texte accessible et a une riche iconographie, les ouvrages reviennent aux racines culturelles des grandes civilisations et nous donnent ainsi les cles de leur langage esthetique. Ils permettront a tous ceux qui, a l’occasion d’un voyage, d’une exposition ou par interet, veulent mieux connaitre les arts majeurs du monde, d’apprehender leur richesse sans en avoir une vision reductrice ou tronquee. La collection comptera douze titres : L’Art byzantin, L’Art de la Chine, L’Art indien, L’Art paleochretien, L’Art roman, L’Art tibetain, L’Art africain, L’Art perse, L’Art precolombien, L’Art de la Grece, L’Art du haut Moyen Age et L’Art de la Renaissance.

L’art roman

Liana Castelfranchi, specialiste renommee de l’art medieval, nous emmene a la decouverte de l’art roman. Dans cet ouvrage remarquable tant par la clarte et l’intelligence de son texte que par la richesse et la beaute de ses illustrations, elle cherche a mettre en evidence les noeuds historiques et culturels, les moments d’emergence et les lignes de force d’un art qui unit toute la vaste zone de l’Europe occidentale, de la France a l’Italie, de l’Espagne a l’Allemagne et a l’Angleterre, entre la premiere moitie du XIe et la fin du XIIe siecle. Abordant successivement l’architecture, la sculpture et la peinture, elle nous montre qu’une veritable histoire de l’art roman ne peut laisser de cote l’ensemble des confrontations, emprunts et mutations qui furent constamment a l’oeuvre au cours du Moyen Age, plus intensement peut-etre qu’a toutes les autres periodes de l’histoire de l’art. Elle nous permet ainsi de mieux apprecier toute les beautes d’un art presque millenaire.

Liana Castelfranchi a enseigne l’histoire de l’art medieval a l’universite de Milan, et plus particulierement la peinture du Trecento et du Quattrocento. Elle a publie de nombreux ouvrages en Italie. Ont paru en France Tresors du Moyen Age. Ivoires, orfevreries, enluminures, Ve-XIVe siecles (Imprimerie nationale, 2005) et L’Art de l’an Mil en Europe (Thalia, 2006).

  • Les courts extraits de livres : 06/04/2008

Extrait de l’introduction :

L’art roman, qui se developpa dans tout le vaste territoire de l’Europe occidentale entre la premiere moitie du XIe siecle et la fin du XIIe siecle, est un phenomene historique et culturel extraordinairement original. L’activite artistique romane, peut-etre plus encore que celle d’autres periodes historiques, est l’expression directe de nouvelles formes de vie economique et sociale et de nouveaux modeles culturels, que l’Ecole des Annales a longuement etudies. Cette periode historique, particulierement productive, fit preuve d’une creativite peut-etre sans egale dans l’histoire de la civilisation europeenne. Il semble donc totalement reducteur d’assimiler ce vent de nouveaute et cette energie creative a une reaction contre les terreurs suscitees par l’an mille, comme on le pensait autrefois, et comme le soutiennent encore certains ouvrages de vulgarisation. D’un point de vue purement historique, il nous faut reconnaitre que ce renouveau profond de l’art – qui toucha de nombreuses regions d’Europe juste apres l’an mille – participe d’un elan de modernisation exceptionnel dans tous les domaines : la sphere sociale, economique, urbaine, agricole et militaire.
Il est donc essentiel de comprendre dans quel contexte historique se manifesterent les experiences artistiques de cette epoque, sur quelle culture s’appuya l’immense patrimoine artistique roman, et dans quels evenements reels puisa l’imaginaire artistique de cette periode. Il est primordial de connaitre l’arriere-fond culturel de l’architecture et de la sculpture de ce temps. Je suis convaincue que tous les grands evenements historiques et les phenomenes culturels cruciaux de cette epoque – comme les pelerinages et les croisades – sont lies, directement ou indirectement, aux creations artistiques naissantes.
Nous nous contenterons d’evoquer dans cet ouvrage deux ou trois themes seulement. Prenons, pour commencer, le theme de l’urbanisation : le developpement economique, l’amelioration de la productivite dans les campagnes, grace a un systeme de culture perfectionne, et l’augmentation demographique entrainerent non seulement la croissance des villes anciennes, mais egalement un exode rural et la creation de nouvelles villes. Un chiffre seulement nous permet de comprendre la portee de ce phenomene : a la fin du XIe siecle et au cours du XIIe, au moment ou Paris devient la capitale du royaume, le nombre d’habitants passe de 20 000 environ a 100 000. L’exode rural est etroitement lie a l’evolution des institutions politiques qui encourageaient la participation des individus a la vie urbaine : le simple habitant, incola, devient citoyen, cives. Ce nouveau concept de cite, en tant que communaute de fideles rassembles autour d’un eveque, apparait comme une forme de religiosite civique. Le pouvoir religieux – qui jouait un role protecteur – a perdu de sa puissance, pour laisser la place a une ideologie laique qui se developpe progressivement et considere la diversification du travail comme une participation a la vie terrestre. Nous attirons l’attention sur la particularite de la legislation complexe des communes italiennes, qui n’existe nulle part ailleurs.
Au cours de ces deux siecles, on voit apparaitre une ideologie laique de la vie urbaine, qui touche egalement le domaine religieux (les constructions des grandes cathedrales urbaines sont conduites sous l’autorite de l’eveque). Au meme moment, les conceptions monastiques font l’objet de grandes propositions de reformes -parfois divergentes -, qui souhaitent revenir a l’integrite et a l’austerite originelles de l’ordre benedictin. La fondation de la chartreuse de Grenoble par saint Bruno, en 1088, fut la premiere forme de renouveau du monde des abbayes. La seconde reponse fut apportee par les clunisiens qui firent de l’abbaye de Cluny – veritable ville monastique – la plus grande expression monastique de tous les temps. Enfin, la reforme cistercienne organisa la construction de grands ensembles abbatiaux, des villes agricoles modeles (Romanini), reflet admirable d’une civilisation de la terre, extremement bien informee sur les systemes de canalisation des eaux et sur les cultures agricoles. L’autre experience religieuse de masse qui se deroula pendant toute la periode romane, avec des retombees directes sur l’art, est celle des pelerinages chretiens. Les pelerinages vers Jerusalem existaient des les premiers siecles du christianisme. Mais le phenomene s’amplifia et devint populaire, grace a la mobilite extraordinaire de cette societe. Cette mobilite etait en outre favorisee par les institutions religieuses qui amenageaient les voies de communication en entretenant les routes, en multipliant les haltes et en assurant la protection des individus. Ces routes de pelerinage sont entrees brillamment dans la litterature avec la publication, en 1882, du livre V du Liber Sancti jacobi, qui decrivit les themes litteraires lies a ces itineraires. Plus tard, l’etude artistique d’Emile Male (1922) tenta de decrire le style unifie des eglises du pelerinage, une these d’inspiration romantique qui semble aujourd’hui depassee. Toutefois, le phenomene des routes de pelerinage et ses consequences sur le monde de l’art ont ete encore demontres dans des travaux recents.