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Rebetiko + 1 CD audio

Auteur : Eleni Cohen

Date de saisie : 07/04/2008

Genre : Musique, Chansons

Editeur : C. Pirot, Saint-Cyr-sur-Loire, France

Collection : Musique et musicologie

Prix : 21.35 / 140.05 F

GENCOD : 9782868082589

Sorti le : 25/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 14/05/2008

Comme le blues, comme le fado, mais beaucoup moins connu qu’eux, le rebetiko est un chant de deracines s’epanouissant comme une fleur sauvage sur l’asphalte des villes. Les Francais qui connaissent le terme le confondent souvent avec le fameux sirtaki qu’il inspira a Theodorakis pour le film Zorba le Grec. A ses debuts, veritable liturgie profane, avec ses codes et ses rites, celebree autour du hasch, de la musique, de la camaraderie et de l’amour par des hommes, puis des femmes, fiers et libres de toutes entraves, le rebetiko, porte par ses deux instruments fetiches, le bouzouki et le baglamas, fut la voix d’un sous-proletariat urbain pendant les soixante premieres annees troublees du XXe siecle en Grece. D’abord reprouve, honni puis durement censure, il sortit de l’ostracisme en 1949 grace a Manuel Hadjidakis, l’auteur des Enfants du Piree, qui dans une conference memorable le compara a la tragedie grecque antique. Devenu de nos jours le chant de toute une nation, veritable institution dans son pays, ou il est joue partout par de jeunes compagnies, il fait l’objet d’etudes nombreuses, de polemiques, de films, de chats passionnes sur Internet… C’est l’histoire captivante de ces Villon modernes et de leur musique qu’Eleni Cohen nous propose. Un livre qui manquait en francais et que les amateurs de rebetiko attendaient…

Eleni Cohen, pianiste et musicologue, diplomee d’esthetique musicale, de lettres et de grec moderne, a voulu apprehender au plus profond la musique rebetique en suivant l’enseignement de Nicolas Syros, virtuose du bouzouki, cet instrument au destin singulier dont la pratique etait traditionnellement reservee aux hommes. Elle donne regulierement des conferences illustrees de concerts de rebetiko pour faire partager sa passion au public francais.

  • Les courts extraits de livres : 14/05/2008

Une etymologie obscure

L’origine des mots rebete et rebetiko reste incertaine. Rebete est anterieur a rebetiko puisqu’on le trouve pour la premiere fois dans un distique d’une tres ancienne chanson demotique de l’ile de Nissyros dans le Dodecanese :

Allons vagabonder, devenir rebetes
Que des brunes nous aiment et que nous les meprisions

Malheureusement ce distique ne nous renseigne vraiment ni sur le sens precis du mot, ni sur ce qu’il representait ou ce a quoi il faisait allusion a l’epoque. On pourrait traduire rebetes de plusieurs facons : vagabonds, sans attaches,
rebelles, voyous, reveurs…
Dans le dictionnaire de grec moderne : rebete (feminin rebetissa) signifie : voyou, polisson, faux brave, roublard, vif d’esprit, faineant. Dans le vocabulaire argotique : (rebetevo) signifie tourner de place en place, errer, mener une vie de vagabond ; il existe d’autre part un verbe (rebeleo) au sens de faineanter, flemmarder, errer, vagabonder, revasser…
Les etymologies les plus fantaisistes ont ete proposees ; le plus sage et le plus simple est de s’en tenir a la racine remp-) et -(remb-) qui existe en grec ancien ; le verbe (remvo /remvomai) signifie revasser, planer, tourner. Son derive (repomai) peut donner (rebetis) comme (efkhomai) donne (efkhetis) avec le meme deplacement de l’accent. N’est-ce pas la definition la plus adequate et la plus poetique qui ferait de nos rebetes des reveurs planant et tournant ?
Pourtant dans sa vie comme dans ses chansons, le rebete se nomme rarement ainsi : il prefere s’appeler : Dais, Palikare, Alanis, Mortis, Asikis, Vlamis, Hassiklis, Derviche et, plus souvent encore Mangkas. Les rebetika sont d’ailleurs appelees quelquefois Mangkika ce qui finalement est plus proche de la realite.
Quant au terme de rebetiko, non atteste auparavant, c’est sans doute une fantaisie de producteur de disques ! La premiere chanson estampillee rebetiko fut enregistree a Constantinople en 1924 par la compagnie Favorite. Cette aimable bluette avec son titre, o combien evocateur de Tik tik tak n’a en fait rien avoir avec du rebetiko. Mais ce disque qui etait prevu pour l’auditoire americain a pu lancer outre-atlantique un label grec rebetiko, revenu ensuite en Grece. De nombreux enregistrements ont ainsi circule entre les USA, la Turquie et la Grece, emportes au hasard des migrations, imposant le terme de rebetiko qui fut d’abord orthographie a tort rembetiko voire rempetiko, dans sa transcription en alphabet latin, sans doute pour conserver la trace de la graphie grecque qui utilise la double consonne mp pour traduire b. Ainsi, c’est donc de maniere fortuite que le mot rebetiko a designe ce genre musical. Ses protagonistes ont naturellement ete les rebetes.
Tels qu’ils sont employes de nos jours, ces mots designent simplement des chansons creees par des compositeurs-interpretes au ban de la societe qui. sur les deux rythmes de base du zeibekiko et du hassapiko, en s’accompagnant du bouzouki et du baglamas ont chante, dans les grandes cites nouvellement urbanisees de la Grece, pendant la premiere moitie du XXe siecle, les aleas de leur dure existence. Ces chants de reprouves devaient devenir le reconfort d’un peuple entier qui les avait rejoints dans la misere et la souffrance.
Le rebetiko peut etre compare par bien des points au blues des noirs americains : de leurs origines incertaines, jusqu’a leur reconnaissance tardive par la bonne societe en passant par leur histoire, leurs themes, leur peu d’engagement dans les luttes sociales, leur ancrage dans une tradition musicale et poetique et leur influence sur la musique – classique ou varietes – dans leurs pays respectifs. Le rebetiko n’a pas encore connu hors de Grece la notoriete du blues, nous voudrions que ce livre contribue un peu a sa reconnaissance.