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Reseaux et sociabilite litteraire en Revolution

Couverture du livre Reseaux et sociabilite litteraire en Revolution

Auteur : Philippe Bourdin | Jean-Luc Chappey

Date de saisie : 20/05/2007

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, France

Collection : Histoires croisees

Prix : 24.00 / 157.43 F

ISBN : 978-2-84516-340-9

GENCOD : 9782845163409

Sorti le : 09/05/2007

  • Les courtes lectures : Lu par Charlotte Thomas – 01/06/2007

Telecharger le MP3

Charlotte Thomas – 31/05/2007

  • Les presentations des editeurs : 01/06/2007

Si la Revolution ebranle la Republique des Lettres, remettant en cause un systeme construit de longue date, fait de codes de comportements individuels et collectifs, de formes symboliques ou financieres de reconnaissance, de logiques sociales et materielles de production, il n’est pas serieux de pretendre qu’elle n’aurait ete qu’un desert litteraire, une antienne qui nourrit une legende noire construite des les premieres annees du XIXe siecle. La decennie revolutionnaire n’ouvre-t-elle pas une periode de liberte en reconnaissant le droit d’auteur et en exaltant le genie des ecrivains, leur accordant une place de choix au Pantheon ? Le present ouvrage se propose donc d’etudier les espaces propres aux intellectuels, ceux qui perdurent comme ceux qui naissent, de mesurer l’instrumentalisation politique et sociale de la culture, de suivre les carrieres revolutionnaires contraires et contradictoires de Retif de la Bretonne et de Parny, d’atteindre le public des lecteurs a travers l’etude du pret prive.

BOURDIN Philippe, CHAPPEY Jean-Luc – Introduction.

LILTI Antoine – Mondanite et Revolution : les hommes de lettres et la sociabilite mondaine a la fin du XVIIIe siecle.

CHAPPEY Jean-Luc Chappey – La Societe Nationale des Neuf Soeurs (1790-1793). Heritages et innovations d’une sociabilite litteraire et politique.

BOYER Fabrice – La famille Martignac : des avocats musagetes en Bordelais.

LE BORGNE Francoise – Le reseau de Retif de La Bretonne a l’epreuve de la Revolution.

SETH Catriona – Le reseau Parny.
BOURDIN Philippe – La posterite de la bibliotheque Romme : le pret prive dans les milieux neo-jacobins provinciaux.

  • Les courts extraits de livres : 01/06/2007

De l’homme de lettres a l’ecrivain patriote

Dire que les salons n’etaient pas des salons litteraires ne signifie pas que les belles-lettres n’y jouaient aucun role ou que les ecrivains en etaient absents. Bien au contraire, c’est justement une des specificites de la mondanite parisienne que d’avoir ouvert les portes de ses salons aux ecrivains et d’avoir fait des belles-lettres – sous la forme de la poesie de salon, des conversations sur les nouveautes litteraires ou encore des lectures – une activite essentielle et un facteur important de distinction sociale. Neanmoins, ces activites n’etaient jamais exclusives, et souvent secondaires, subordonnees a d’autres divertissements comme la table, le jeu ou la musique. En substituant a la notion ambigue de salon litteraire celle de sociabilite mondaine, on est amene a prendre en compte la relation foncierement asymetrique sur laquelle est fondee la presence des ecrivains (mais aussi des musiciens ou des savants) dans les salons. Ils participent aux divertissements des elites mondaines, en ecrivant des vers, des pieces de theatres, en nourrissant la conversation des rumeurs parisiennes et des nouvelles de la vie litteraire. Chez Mme Geoffrin, Montesquieu compose et chante une chanson en l’honneur de la duchesse de La Valliere, une des femmes du monde les plus en vue a la cour comme dans la bonne societe. Les ecrivains contribuent aussi, par leur presence, a l’attractivite et a la reputation des salons qu’ils frequentent. Comme le dit La Harpe : Mme Geoffrin est un exemple bien frappant de la consideration que peut donner la societe des gens de lettres, et a laquelle ils parviennent rarement eux-memes, parce que la premiere base de la consideration dans ce pays est l’independance qui nait de la fortune et que les gens de lettres l’ont bien rarement.

En contrepartie, ces hommes de lettres accedent aux ressources materielles et symboliques des elites, sous la forme de dons, de pensions. Mme Geoffrin leur fait de nombreux cadeaux et constitue meme des rentes en faveur des plus assidus comme d’Alembert, Morellet et Thomas. Plus generalement, les salons sont regis par une veritable economie de la protection. Ils sont des appuis importants pour la carriere des auteurs, non pas en tant qu’institutions litteraires, mais, au contraire, parce qu’ils permettent aux hommes de lettres de sortir des cercles de la Republique des lettres et d’acceder aux ressources du patronage aristocratique et du mecenat royal. Les femmes jouent ici un role qui est traditionnellement le leur dans la societe de cour : celui de proteger, d’agir en faveur de tel ou tel, de mobiliser les ministres ou les courtisans. A ses debuts dans les salons parisiens, Marmontel expliquait ce qu’il recherchait dans le monde : des protecteurs et quelques moyens de fortune.