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Roger Garaudy : l’itineraire d’une negation

Auteur : Adrien Minard | Michael Prazan

Date de saisie : 14/02/2007

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Calmann-Levy, Paris, France

Prix : 20.90 / 137.10 F

ISBN : 978-2-7021-3760-4

GENCOD : 9782702137604

Sorti le : 14/02/2007

  • Les presentations des editeurs : 01/03/2007

On peut se representer Roger Garaudy comme un cameleon, tant il a change de couleur au cours de sa longue vie d’intellectuel engage.
Ne a Marseille en 1913 dans une famille de petits employes, Roger Garaudy commence son engagement comme militant protestant, ce qui ne l’empeche pas d’entrer tot au Parti communiste et d’y faire une ascension fulgurante apres guerre, tout en poursuivant des etudes de philosophie. Sa verve et son mordant, sa servilite, aussi, en font rapidement un de ses porte-parole les plus en vue. Son temoignage dans le proces Kravchenko marque le faite de sa gloire comme stalinien officiel. C’est sa periode rouge vif. Bientot, il prend ses distances tout en se posant en victime des durs, et guigne du cote des gauchistes libertaires qui animent Mai 68. Sequence rouge et noire. Mais voila que la thematique tiers-mondiste l’appelle. C’est l’occasion de se poser en champion de l’anticolonialisme, de fustiger l’arrogance de l’Occident et d’incarner le sanglot de l’homme blanc. Son engagement va tres loin, puisqu’il se convertit a l’islam et chante les bienfaits de la revolution khomeinyste. Periode verte. Des dizaines de livres emaillent ces annees de retournements successifs, mais aucun d’entre eux n’est pris veritablement au serieux. Jusqu’a sa periode brune. En signant Les Mythes fondateurs de la politique israelienne, Garaudy accede enfin a la notoriete tant convoitee. Ce livre negationniste lui vaudra deux proces, qu’il perdra, mais surtout un succes immense et instantane dans tout le Moyen-Orient. Vilipende et meprise en France, Roger Garaudy devient dans les annees 90 un propagandiste de l’antisemitisme dans le monde musulman, multipliant interviews, conferences de presse et debats ayant pour theme le mythe de la Shoah. Invite en grande pompe par les rois, les presidents a vie et les imams, il est devenu le principal inspirateur des ayatollahs et des ennemis d’Israel, dont Mahmoud Ahmadinejad ou Hassan Nasrallah.
Ce livre retrace l’itineraire en zigzag d’un intellectuel rate mais exalte et devoile l’etendue de son ultime forfaiture, dont peu d’observateurs occidentaux ont pris la mesure.

Michael Prazan, trente-six ans, est docteur es lettres, journaliste et realisateur de films documentaires (Japon, les annees rouges, Arte, 2002; L’Assassinat de Pierre Goldman, France 3, 2006; Nankin, la memoire et l’oubli, France 5, 2007). Il est l’auteur de Les Fanatiques : histoire de l’armee rouge japonaise (Seuil, 2002), Pierre Goldman, le frere de l’ombre (Seuil, 2005) et L’Ecriture genocidaire (Calmann-Levy, 2005).

Adrien Minard, vingt-huit ans, est diplome de l’Institut d’etudes politiques de Paris et agrege d’histoire. Il enseigne l’histoire et la geographie dans un lycee du Val-de-Marne. Il s’interesse depuis longtemps aux mouvements marginaux et a l’extremisme politique et ideologique.

  • Les courts extraits de livres : 01/03/2007

LA FAUTE DE L’ABBE GROUES

Le 18 avril 1996, Roger Garaudy, qui fait deja l’objet de poursuites engagees par le parquet et les associations d’anciens deportes, accompagne de son avocat Jacques Verges, se trouve dans les salons du Grand Hotel de la rue Scribe a Paris, faisant face a un petit groupe de journalistes. Peu d’entre eux se sont deplaces. L’affaire, semble-t-il, n’interesse ni les medias ni l’opinion publique. D’ailleurs, seul le journaliste Nicolas Weill, dans Le Monde du lendemain, rapportera quelques bribes de ce rendez-vous intimiste. Apres avoir lu quelques extraits des lettres de soutien que l’universitaire suisse Jean Ziegler et le pere Michel Lelong ont eu l’amitie de lui adresser, Garaudy, d’une voix douce et presque hesitante, les petits yeux perdus derriere des verres de lunettes a gros foyers enserres d’une epaisse monture, sort son va-tout en lisant une troisieme lettre, ecrite trois jours plus tot par un ami de cinquante ans :

Tres cher Roger,
Tu sais les limites de mes forces. Elles diminuent chaque jour bien que beaucoup soient persuades qu’elles sont grandes parce que ma voix est restee sonore et parce que des que j’ai la conviction qu’un fait ou qu’une question creent injustice et faussete, je reprends des energies, mais qui ne sont que bien breves.
Pardon de tant parler de moi, mais c’est pour expliquer a toi et a tous ceux auxquels tu estimeras utile defaire connaitre ma lettre, comment il se fait que j’ai tarde, en depit des contacts telephoniques, a rendre publiques mes certitudes en ce qui te concerne, en ta personne que je connais depuis cinquante ans et en ce qui concerne tes actes, des plus intimes, a ceux ayant les plus grandes consequences publiques.
Depute communiste, tu fus le premier interlocuteur avec qui il m arriva que je me trouve avoir a debattre, et le souvenir m’en est reste inoubliable, parce que ce fut, je crois, fructueux et pour l’un et pour l’autre.
Ton livre le plus recent m’est parvenu alors que j’etais vraiment a bout de forces pour d’autres taches pressantes. Je ne peux que trop peu lire, a quatre-vingt-trois ans, de tout ce qui m’arrive, n’ayant guere que deux heures le matin et deux heures l’apres-midi ou je puisse vraiment travailler.
Sur cet ecrasant drame millenaire qui ne cesse autour d’Israel, tu sais ma pensee murie depuis beaucoup d’annees, et tu sais aussi que cette pensee s’etend bien au-dela des seuls drames contemporains. (…)