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Roman negre

Auteur : Dan Franck

Date de saisie : 18/03/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 18.90 €

ISBN : 978-2-246-73021-7

GENCOD : 9782246730217

Sorti le : 18/03/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Bernard Pradie de la librairie MAISON DE LA PRESSE SAINT-MARTIAL a LIMOGES, France (visiter son site) – 18/06/2008

Negre : personne qui travaille de maniere anonyme pour un ecrivain, un artiste, un scientifique, etc., lequel sera seul reconnu auteur du travail (Larousse 2008).

Taro est un negre. Le jour, il ecrit pour les autres, cameleon du monde litteraire, mercenaire des amputes du verbe achetant leur part de posterite.
Mais Taro mene une double vie. La nuit, il ecrit pour lui-meme.

Ballotte de rive en rive, Taro s’immerge de ses contemporains, de leurs hauts faits d’arme comme de leur vanite d’exister. Jusqu’au jour ou le destin se mele de confondre les roles successifs.
Tant la creation litteraire est un emprunt a la vie dont la dette ne s’acquitte jamais.

Si vous avez aime Nuit couche, ou l’art peut transcender la vie comme sa reciproque.

Dan Franck, l’auteur de Boro reporter, Prix Renaudot 1991 (La separation), revendique 25 ouvrages sous son patronyme. Et 62 livres ecrits pour d’autres !

  • Les presentations des editeurs : 09/03/2008

Taro est un ecrivain fantome. Chanteurs, acteurs, sportifs, stars en tous genres, parasites, anonymes… tous le sollicitent. Negre professionnel dans la journee, Taro attend la nuit pour plonger sa plume dans un autre encrier : il est obsede par l’enlevement d’un homme dont il cherche a prolonger la vie par les mots. Le destin lui offre un jour la possibilite de rassembler la comedie diurne et la tragedie nocturne.

Roman Negre orchestre les noces brillantes, savoureuses et droles du vertige d’identite et de la satire sociale, de l’enquete policiere et du recit personnel, de l’amour de l’ecriture et de l’ecriture de l’amour.

  • La revue de presse Claire Julliard – Le Nouvel Observateur du 12 juin 2008

A la fois satire sociale et polar dans les coulisses de l’edition, le nouveau roman de Dan Franck doit beaucoup aux souvenirs de l’auteur. Celui-ci fut en effet un negre repute. Comme son heros, il a ecrit une soixantaine d’ouvrages pour les autres tandis qu’il poursuivait son oeuvre originale…
En decrivant l’univers de ceux qu’on nomme aux Etats-Unis les ecrivains fantomes (ghost writers), Dan Franck devoile l’envers du decor d’une petite industrie fondee sur la mode outranciere de la confession alliee au desir de tout un chacun d’ecrire son livre. L’auteur n’a cependant pas voulu ecrire une charge, et le regard qu’il jette sur cette cuisine editoriale reste distant et petri d’humour. Porte par une architecture subtile, une structure en trompe-l’oeil qui ne freine en rien la lecture, ce roman negre se lit comme l’histoire d’un auto-engendrement, celui d’un ecrivain authentique.

  • Les courts extraits de livres : 09/03/2008

Il traversa le Champ-de-Mars en diagonale et emprunta l’allee Jean-Paulhan. Sa montre indiquait dix-huit heures lorsqu’il appuya sur le bouton de l’interphone. On lui precisa l’escalier et l’etage. Il reconnut la voix basse, presque rauque, de Laure.
Il franchit une double porte vitree. L’ascenseur le deposa au quatrieme, dans un couloir etroit ou deux portes se faisaient face. Il choisit celle de gauche. Un elegant carillon a trois tons repondit a son appel. Dix secondes plus tard, Laure lui ouvrait. C’etait une jeune fille qui paraissait magnifique au premier regard, l’etait et le restait en toutes circonstances. Ce jour-la, la fatigue des fins de semaine lui alourdissait sensiblement la paupiere. Son regard y gagnait une douceur un peu grave, comme une tendresse.
Bonjour, dit Taro.
La derniere fois qu’ils s’etaient vus, c’etait sous une douche. Depuis, Laure s’etait sechee, habillee, maquillee, parfumee. Elle portait un tailleur ecru ferme sur un chemisier blanc. Un camee retenu par un lacet etait enchasse au creux de son cou. Taro l’effleura d’un doigt leger, et elle rougit tandis qu’il l’embrassait sur la joue : le cordon dissimulait une tache lie-de-vin minuscule qu’elle detestait, et que seul un amant pouvait connaitre.
Elle se retourna. Un homme se tenait a quelques pas. Il portait sa cinquantaine des dimanches dans un pantalon en velours et une chemise chic et souple munie de deux poches poitrine. Il se parfumait Smalto de chez Smalto. Ses pouces etaient glisses dans une ceinture croco a boucle d’or.
Laure demanda s’ils se connaissaient.
Taro tendit une main aimable a l’editeur. Non, ils ne se connaissaient pas. Seulement de reputation, dit l’un, et reciproquement, repondit l’autre. Ces paroles de circonstance echangees, ils se regarderent avec un glissement des paupieres qui trahissait une gene manifeste.
Vous savez ? hasarda l’editeur.
– Non.
– Je ne lui ai rien dit, confirma Laure.
Elle avait parle de cette voix si particuliere qui emouvait toujours Taro.
Je suppose qu’un auteur m’attend de l’autre cote de cette porte, suggera-t-il en montrant un double battant clos.
L’editeur acquiesca :
Un auteur important.
Laure avait organise la rencontre. Taro s’etait demande pourquoi ce jour-la, pourquoi pas dans un cafe, pourquoi lui. Il avait presume que les ventes de l’auteur masque valaient certainement que le PDG d’une des plus grosses maisons d’edition francaises le recut chez lui en compagnie d’une de ses collaboratrices un dimanche en fin d’apres-midi.
L’homme prit un livre sur une table basse et le tendit a Taro. C’etait un lourd volume dont la couverture etait illustree par une fusee jaillissant entre un homme, a droite, une femme, a gauche, un titre, centre, et le nom de l’auteur, en bas, dans les etincelles de la propulsion : l’Amour sur la lune, par John Wifeman.
Taro ne connaissait pas.
C’est un auteur maison, se tortilla l’editeur. Un Americain…
Ils se tenaient dans l’entree d’un appartement dont toutes les pieces etaient fermees. Taro etait recu la comme dans un sas de desinfection.
Nous devons vous dire quelque chose…
L’editeur decocha un regard tendu a Laure, qui saisit la balle au bond et ajouta, genee :
Vous allez avoir une surprise.