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Ronde de nuit

Auteur : Sarah Waters

Traducteur : Alain Defosse

Date de saisie : 18/10/2007

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine etranger, n 4064

Prix : 10.00 / 65.60 F

ISBN : 978-2-264-04506-5

GENCOD : 9782264045065

Sorti le : 18/10/2007

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  • Les presentations des editeurs : 17/10/2007

Dans un Londres ecrase par le feu du Blitz se cache une autre guerre, celle des amours illicites, des trahisons et des espoirs brises. Quel fantome du passe hante Helen qui subit, desemparee, le lent delitement de sa liaison interdite avec Julia ? Pour quelles raisons Kay erre-t-elle desormais, inconsolable, dans les rues de la ville ? Pourquoi Viv, une jeune femme douce et glamour, ne parvient-elle pas a quitter son amant, un ancien soldat marie et pere de famille ? La guerre a brasse ces destins qui avancent a tatons pour reprendre leurs marques. Et pour beaucoup d’entre eux, la voie du bonheur dans un monde enfin apaise va etre aussi dangereuse qu’un tapis de bombes.

Avec Ronde de nuit, Sarah Waters, liberee des passions subversives dont elle a arpente tous les chemins, excelle dans une saga parfaitement ficelee, un roman de guerre ou l’amour et les secrets surgissent du brouillard, entre les bombes.

Astrid Eliard, Le Figaro

Nee en 1966 au pays de Galles, Sarah Waters a ete libraire, puis enseignante. Des son premier roman, Caresser le velours, qui a ete adapte a la television par la BBC, elle devient l’egerie des milieux gays. Avec son deuxieme roman, Affinites, elle obtient le prix du Jeune Ecrivain de l’annee 2000 delivre par le Sunday Times. La publication de son troisieme roman, Du bout des doigts, qui a remporte le Somerset Maugham Prize, marque sa consecration. Elue auteur de l’annee par le Sunday Times, elle recoit en 2003 le prix des Libraires et le British Book Awards, et figure sur la liste des vingt meilleurs jeunes romanciers anglais etablie par la revue Granta. Sarah Waters vit aujourd’hui a Londres. Ronde de nuit est son dernier roman paru.

  • Les courts extraits de livres : 17/10/2007

Donc voila, se dit Kay, voila le genre de personne que je suis devenue : quelqu’un dont les pendules et les montres se sont arretees, et qui peut dire l’heure en regardant en bas quel nouvel estropie sonne a la porte de son logeur.
Elle se tenait devant la fenetre ouverte, vetue d’une chemise sans col et d’une culotte grisatre, fumant une cigarette et observant les allees et venues des patients de Mr Leonard. Ils etaient ponctuels – si ponctuels qu’elle pouvait effectivement dire l’heure en les voyant arriver : la femme au dos casse, le lundi a dix heures ; le soldat blesse, le mardi a onze. Tous les jeudis, c’etait un homme age, assiste par un jeune homme a l’air un peu egare : Kay aimait bien surveiller leur arrivee. Elle aimait bien les voir remonter lentement la rue : l’homme impeccable dans son costume sombre de croque-mort, le garcon serieux, patient, seduisant aussi – comme une allegorie de la jeunesse et du grand age, se disait-elle, sur une toile de Stanley Spencer, ou un de ces peintres modernes excessivement realistes. Apres eux, c’etait le tour d’une femme accompagnee de son fils, un gamin afflige de lunettes et d’un pied bot ; apres, d’une vieille Indienne souffrant de rhumatismes. Le petit garcon trainait parfois, s’amusant a gratter la mousse et la poussiere accumulees entre les dalles brisees de l’allee avec sa chaussure d’infirme, tandis que sa mere discutait avec Mr Leonard, dans l’entree. Une fois, recemment, elle avait leve les yeux et vu Kay qui les observait ; et elle avait entendu le petit faire une comedie dans l’escalier car il ne voulait pas aller aux toilettes tout seul.
C’est a cause des anges sur la porte ? avait-elle entendu la mere demander. Mais enfin, ce ne sont que des images ! Un grand garcon comme toi !
Kay devinait que ce n’etaient pas les blafards anges edwardiens de Mr Leonard qui l’effrayaient, mais la possibilite de la rencontrer, elle. Il devait imaginer qu’elle hantait le dernier etage, sous les toits, comme un fantome ou une folle.
Il avait raison, d’une certaine maniere. Car il lui arrivait d’aller et venir sans cesse, comme les fous, dit-on. Ou bien elle demeurait assise pendant des heures d’affilee – plus immobile qu’une statue, car elle observait les ombres rampant sur le tapis. Alors il lui semblait reellement etre un fantome, peut-etre, devenir partie integrante de la matiere usee de la maison, se dissoudre dans l’ombre qui s’accumulait comme la poussiere dans ses angles bizarres.
Un train passa, entrant dans la gare de Clapham Junction, a deux rues de la ; elle sentit la vibration dans le rebord de fenetre sous ses bras. L’ampoule d’une lampe derriere son epaule ressuscita soudain, clignota une seconde comme un oeil irrite, puis s’eteignit. Le machefer dans la cheminee – une vilaine petite cheminee, la piece etait autrefois une chambre de bonne – tomba lentement. Kay prit une derniere bouffee de sa cigarette, puis la pinca entre le pouce et l’index pour l’eteindre.
Cela faisait plus d’une heure qu’elle etait a la fenetre. Nous etions mardi : elle avait vu arriver un homme au nez retrousse, avec un bras abime, vaguement attendu les deux modeles de Stanley Spencer. Et puis elle avait decide de laisser tomber. De sortir un peu. Il faisait beau, apres tout : c’etait la mi-septembre, le troisieme mois de septembre d’apres-guerre. Elle passa dans la piece voisine, qu’elle utilisait comme chambre, et commenca de se changer.