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Songes de Mevlido

Couverture du livre Songes de Mevlido

Auteur : Antoine Volodine

Date de saisie : 23/08/2007

Genre : Science-fiction, Fantastique

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Fiction et Cie

Prix : 21.80 €

ISBN : 978-2-02-093137-3

GENCOD : 9782020931373

Sorti le : 23/08/2007

  • Le choix des libraires : Choix de Antonio Werli de la librairie LIBR’AIR a OBERNAI, France (visiter son site) – 28/09/2007

Avant de parler du livre meme, je dirai quelques mots sur l’auteur. Antoine Volodine est un auteur francais. Son nom porte a confusion, on pourrait croire qu’il est russe. Non, certainement une ascendance lointaine. Neanmoins, il a ete traducteur du russe, il l’est toujours. C’est un auteur qui a ecrit plus d’une quinzaine de livres aujourd’hui, qui est tres estime par la critique, mais on trouve peu de lecteurs. Il lui manque une armee de lecteurs feroces et voraces. C’est un peu pour ca que j’avais envie de parler de ce livre. Volodine ecrit des livres qu’il met en scene dans un univers un peu etrange, un peu special, qui lui est propre et qui est dicte par des lois qu’on appellera de maniere generale le post exotisme. Cet univers, c’est un univers d’apres la catastrophe. C’est un univers assez noir apres de nombreuses guerres totales, ou les reves ont plus de poids que la realite. C’est un univers ou les existences sont difficilement supportables. Neanmoins, c’est un univers garde-fou de l’espoir pour les personnages qui y evoluent, et c’est le cas en l’occurrence de Mevlido dans Songes de Mevlido, qui vit dans le poulailler 4, dans une des dernieres capitales du monde, certainement de tres nombreuses annees apres notre XXIe siecle, dans le poulailler 4 qui est une espece de ghetto ou vivent de nombreux laisses-pour-compte, des poules mutantes, des revolutionnaires etranges qui scandent des slogans a longueur de journee et de nuit. Mevlido est present et charge d’enqueter, de maintenir un semblant de coherence. Ce monde, on pourra penser au fil de la lecture qu’il est uniquement dans sa tete, puisque le livre s’appelle Songes de Mevlido, et on va osciller entre les reves de Mevlido et ses souvenir de veille, et on ne saura plus au bout d’un moment s’il le reve, s’il ne le reve pas, si ce qui lui arrive est un fantasme ou effectivement quelque chose qui lui arrive en realite. Et cette confusion qui se cree au fur et a mesure, on pourrait imaginer qu’elle perde le lecteur dans un labyrinthe comme ca ou se croisent differentes subjectivites, differentes choses. Non, on va suivre un personnage, et on va suivre son histoire au travers de cet endroit etrange. Une des particularites de Volodine, c’est que ses livres se repondent les uns aux autres et lorsqu’on met le pied dans un des livres de Volodine, on aura en echo ce qu’on aura deja lu ou ce qu’on lira par la suite, puisque dans ce melange de subjectivites diverses, de points de vue varies, on peut passer dans la narration d’un je a un tu alors que c’est le meme personnage qui parle, ca pourrait tout aussi etre un autre personnage qui vient interferer depuis un autre livre de Volodine. Il y a une espece de confusion un peu structuree qui se met en place et qui va jouer avec le lecteur et provoquer des vertiges comme on peut en trouver chez Borges par exemple, ou Lovecraft ou Philip K. Dick, donc un vertige qui met reellement en scene le lecteur face au texte. Et toujours cette toile de fond de l’univers post-exotique, un univers en fait qui semble tres noir, qui n’est certainement que le reflet du XXe siecle qu’on a derriere nous, un siecle de guerres, de camps, un siecle de barbarie, de totalitarisme. Et peut-etre que dans les livres de Volodine, c’est bien cette volonte d’avoir un espoir apres toutes ces catastrophes encore de se poser la question de savoir comment exister au-dela de toute la barbarie du XXe siecle. Il construit un univers propre pour emmener le lecteur avec lui dans une reflexion tres forte autour de l’histoire, autour de l’existence, autour du rapport au reel, et puis autour de l’ecriture et de la litterature puisqu’il donne aussi des cles interpretatives de son texte dans le texte meme. Le post-exotisme, s’il est une ideologie developpee par les personnages qui sont dans ces romans tous des revolutionnaires, des dissidents, c’est aussi un mode d’ecriture avec ses propres conditions que vous pourrez decouvrir avec la lecture de Songes de Mevlido. C’est pour l’instant un des romans les plus originaux que j’ai lu dans cette rentree litteraire.

  • La Radio des libraires : Antonio Werli de la librairie LIBR’AIR a OBERNAI, France (visiter son site) – 27/09/2007

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Antonio Werli – 27/09/2007

  • Les presentations des editeurs : 26/08/2007

On a bientot cinquante ans.
Pendant la guerre de tous contre tous, la femme qu’on aime a ete assassinee par des enfants-soldats. Les annees passent, la folie rode. On fait des reves bizarres. On a parfois l’impression d’avoir ete envoye sur Terre en mission, et d’avoir failli sur toute la ligne. La guerre est finie, mais on appartient au camp des vaincus. Avec une simple d’esprit on vit a present a Poulailler Quatre, un immense ghetto ou cohabitent mendiantes bolcheviques, refugies, junkies, oiseaux monstrueux et mudangs, les chamanes coreennes qui chantent pour apaiser les morts.
On pense a cette femme aimee qu’on a perdue. Il faudra voyager loin pour la retrouver. S’enfoncer dans les profondeurs de Poulailler Quatre et de ses propres reves. Il faudra sans doute mourir a son tour pour pouvoir entendre le chant des mudangs et aller plus loin encore, jusqu’au Fouillis. On atteindra le Fouillis et on s’y fixera comme si on avait existe la depuis toujours. Mais ensuite, que se passera-t-il, ensuite ?

  • La revue de presse Michel Abescat – Telerama du 12 septembre 2007

Seizieme roman d’Antoine Volodine, Songes de Mevlido frappe par la force de ses images, d’une insondable noirceur et, une fois encore, par l’envoutante originalite de son imaginaire…
Inutile d’en dire davantage. Songes de Mevlido plonge le lecteur dans un monde d’une radicale etrangete, marque par la guerre, la fin de toute organisation sociale, la certitude de la ruine et de l’extinction de l’espece humaine. Insolite, cet univers est pourtant constitue de references aux resonances familieres. Revolutions, camps d’extermination, purifications ethniques, globalisation, catastrophes ecologiques. A l’instar de l’ensemble de l’oeuvre, Songes de Mevlido remue la memoire tragique du XXe siecle, l’echec des utopies revolutionnaires, l’emprise du capitalisme mondialise. Eminemment politique mais jamais explicite, il laisse le lecteur petrifie face au monde tel qu’il pourrait tourner.

  • La revue de presse Jean-Didier Wagneur – Liberation du 30 aout 2007

Des tempetes de sable et de suie, des cites en ruines, des morts violentes et des renaissances, Songes de Mevlido s’ecrit au son des tambours chamans et resonne du chant sacre des morts…
Les songes de Mevlido sont des cauchemars : seances d’autocritique, trajets enigmatiques dans des tramways fantomes qui traversent des bidonvilles chinois et font halte a des stations desolees. Tres vite on ne sait plus l’envers de l’endroit, du jour ou de la nuit, peu importe, le lecteur est deja devenu Mevlido. Ses songes se nouent avec des mensonges…
Sept parties et quarante-neuf chapitres composent Songes de Mevlido, chiffres caracteristiques de l’importance que Volodine accorde a la mystique orientale et de l’esthetique definie dans Le post-exotisme en dix lecons, lecon onze (Gallimard, 1998). Mais, au regard de ses constructions habituelles en abyme, on ne peut qu’etre frappe de sa capacite a offrir ici un roman quasi lineaire, sans pour autant trahir ses univers…

  • La revue de presse Michel Braudeau – Le Monde du 24 aout 2007

Songes de Mevlido, en operant la fusion du polar politique et de la poesie comique, est un pur bloc d’humour noir. Avec ses faux dieux empetres dans leurs complots, ses animaux extravagants et bavards, son onirisme a tombeau ouvert, ses heros qui meurent et renaissent cent fois, aussi increvables et plastiques que les souris de Tex Avery, le livre terrible de Volodine, virtuose de la catastrophe, resonne comme un rire en plein desastre. Sans doute parce qu’il est, avant tout, un vrai roman d’amour.

  • La revue de presse Dominique Guiou – Le Figaro du 23 aout 2007

La fin de l’Histoire, these bien connue. Le philosophe americain Francis Fukuyama a theorise son concept a partir de l’intuition qu’un consensus universel sur la democratie etait sur le point d’advenir, mettant un point final aux conflits ideologiques. L’ecrivain Antoine Volodine, lui, adopte une position autrement plus radicale. Il annonce, ni plus ni moins, la fin de tout. Selon lui, loin de deboucher sur un avenir radieux, la fin de l’Histoire pourrait accoucher du pire des mondes. Si les ideologies disparaissent, affirme-t-il, ce sera au profit de la barbarie…
Il faut savoir que l’on retrouve les etres improbables chers a l’ecrivain : tortionnaires desabuses, revolutionnaires a jamais orphelins de leur utopie, mendiants, sorcieres, vieilles folles, junkies… Individus en rupture, dejantes, mais au profil encore humain. Quant aux autres… Ce sont des mutants a la nature ambigue. Femme-oiseau, vautour semi-humain, poules monstrueuses, corbeaux geants… Et tous dotes de la parole…
Accrochez vos ceintures, prenez votre souffle, et osez le grand saut dans cette anti-utopie encore plus effrayante que celles de Huxley ou d’Orwell.

  • Les courts extraits de livres : 20/02/2008

Mevlido leva la brique une deuxieme fois, et Berberoian, qui detestait qu’un inferieur lui cogne sur la tete, se hata de reprendre son autocritique.
– Oui, admit-il. Des peccadilles. Jusqu’ici je n’ai reconnu que cela, des peccadilles. Mais maintenant… Maintenant, je vais…
Il se racla la gorge et redressa un peu l’echine.
– Maintenant, je vais etre sincere.
Un rideau de sang lui coulait sur les yeux, et, derriere cette buee rouge, il voyait les representants des masses qui assistaient a son humiliation et s’ennuyaient. Ce qu’il avouait n’avait rien d’original ; quant a la violence de la scene, elle n’avait pas de quoi emouvoir des policiers habitues a participer a des tabassages. Mevlido, du reste, n’abusait pas de la situation. Il tapait avec mesure, continuant a traiter Berberoian comme un superieur hierarchique, et, s’il lui avait ecorche le crane, c’etait apres avoir amorti le coup. Le prepose a l’ideologie, Balkachine, n’etait plus la pour verifier la ferocite des impacts, et, au fond, l’interrogatoire se deroulait sans grande casse. En raison du grade de l’accuse, qui etait tout de meme commissaire, Balkachine s’etait
la consultation en catimini de leurs fiches de paie ;
la preparation avortee d’une serie d’attentats contre la lune;
une complaisance coupable envers les mendiantes bolcheviques de Poulailler Quatre, ce ghetto incontrolable, ce monde parallele sans foi ni loi ou se refugiaient sous-hommes et insanes;
un soutien tactique a des reseaux terroristes dont il ne connaissait ni le nom ni le programme ;
un detournement de petite monnaie dans la caisse de solidarite du commissariat ;
et aussi, pour compliquer le tableau de ses mefaits, un cauchemar qui l’avait visite la nuit precedente – de vagues visions de sodomie avec un oiseau gigantesque.
– Quel oiseau ? A quoi ressemblait cet oiseau ? A qui ? demanda Mevlido d’une voix etranglee.
Berberoian reprit sa respiration. Il etait en nage. Sang et sueur se melangeaient sur son visage, lui donnant un air hagard.
– Un oiseau de quelle couleur ? insista Mevlido.
– Noir, bredouilla Berberoian. On aurait dit une corneille geante.
– Et son nom ? demanda Mevlido en agitant la brique devant la tete de Berberoian. Tu te rappelles son nom ?
– Personne ne parlait, dit Berberoian. C’etait une corneille geante. Je ne l’avais jamais vue, jusque-la.
– Qui la violentait ? demanda Mevlido. C’est toi qui la violentais ? Toi, ou quelqu’un d’autre ?
– Personne ne la violentait, affirma Berberoian. Elle etait consentante.
– Comment peux-tu etre sur d’une chose pareille, s’indigna Mevlido.
– Je ne sais pas, renifla Berberoian. Le reve etait confus. Je ne m’en souviens presque pas.
– Non, dit Mevlido. Tu te souviens. Tu devrais ouvrir ton coeur devant les masses qui ont la patience de t’ecouter, mais tu mens.
– Je peux avouer d’autres crimes, proposa Berberoian.
– C’est bon, accepta Mevlido. On reviendra plus tard sur l’histoire de la corneille.
– J’avoue d’autres crimes ? fit le commissaire.
– Vas-y, dit Mevlido. Si tu t’exprimes avec franchise, les masses sauront faire preuve d’indulgence.
Il se tenait debout au-dessus du commissaire, il ne savait que faire de la brique. Outre un filet aux nuances rougeatres, la peau entaillee de Berberoian ne cessait de degorger des liquides dont certains, pour des raisons organiques obscures, tiraient sur le jaune sale. Sous les cheveux ras du commissaire, la blessure avait mauvais aspect. Mevlido brandit la brique avec un degout manifeste.