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Suzie la rebelle : les annees de guerre

Couverture du livre Suzie la rebelle : les annees de guerre

Auteur : Sophie Marvaud

Date de saisie : 13/03/2008

Genre : Jeunesse a partir de 9 ans

Editeur : Nouveau Monde editions, Paris, France

Collection : Toute une histoire

Prix : 14.00 / 91.83 F

ISBN : 978-2-84736-261-9

GENCOD : 9782847362619

Sorti le : 13/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 19/03/2008

Aout 1914. Suzie a 16 ans lorsque eclate la Premiere Guerre mondiale. Alors meme que les hommes partent pour le front, l’univers de Suzie bascule : elle decouvre de sombres realites, la souffrance des hommes, l’horreur des tranchees mais aussi la difficulte d’etre libre quand on est une femme.
Tres vite, elle mene alors sa propre guerre : indifferente a l’idee de deplaire aux jeunes gens elegants qui demanderont sa main, elle decide de participer aux travaux agricoles aupres de sa famille en Charente. Soucieuse de se tenir au courant du conflit, elle s’octroie le droit de lire les journaux. Et, sensible au sort des blesses, elle apporte des soins quotidiens a un tirailleur senegalais…
Rentree quelque temps a Paris, elle remarque un jeune homme qui vole des chaussures a l’etal pour les offrir aux unijambistes revenus du front. Contre toute attente, Suzie retrouve sa trace et tombe amoureuse de cet adolescent genereux, drole et pourtant si mysterieux…

Sophie Marvaud a novelise la celebre serie Winx chez Hachette. Passionnee d’histoire – qu’elle a enseignee avant de se consacrer a l’ecriture -, elle a publie Le Secret des cartographes (Plon, 2008).

  • Les livres, le web et les media : 09/09/2009

Decouvrez la chronique sonore de Sophie Marvaud produite pour notre partenaire www.libfly.fr

  • Les courts extraits de livres : 19/03/2008

Une folle journee

Tournee vers la fenetre, je veillais a garder un visage impassible. Il ne fallait surtout pas que ma mere devine mes sentiments !
Levres pincees, yeux fixes, je goutais pourtant le paysage avec intensite : les coquelicots au milieu des bles murs, les robes ecarlates des paysannes, le teint brique des paysans qui relevaient la tete au passage du train. La campagne charentaise m’invitait aux plus beaux bonheurs que je connaissais, d’autant plus chers que j’allais les vivre pour la derniere fois : la peche avec Louison dans les bras endormis de la Charente, la conduite des vaches au pre, les retours des champs au sommet d’une montagne de foin, dans une charrette tiree par un cheval.
J’allais bientot avoir seize ans. Aux yeux de Maman, ces distractions d’enfant n’etaient pas tolerables pour une jeune fille promise a un beau mariage.
Fils aine de fermiers et, a ce titre, destine a la vie agricole, mon pere, Alfred Valour, avait ete repere par son instituteur et pousse a entreprendre des etudes ; il etait devenu pharmacien dans un quartier populaire de Paris ! Ma mere, Lucie Vindelle, aujourd’hui epouse de pharmacien, etait la fille de commercants modestes d’Angouleme, eux-memes enfants de paysans. Elle avait decide que ma soeur et moi poursuivrions l’ascension sociale des deux branches familiales. Nous devions epouser un medecin, un industriel ou un prefet, ou bien, au pire, un pharmacien installe en face de l’Elysee !
Avec ma bouche d’un rouge carmin, mes cheveux noirs brillants et souples, ma peau blanche, et ma silhouette elancee, il parait que j’etais assez jolie pour pretendre au meilleur.
Sauf si une mauvaise education ruinait toutes mes chances !
De justesse, Maman avait accepte que, cette annee encore, je passe le mois d’aout chez nos grands-parents paternels, dans le petit village de Nouerac. Le sort de mes vacances avait donne lieu a un debat passionne entre mes parents. Papa croyait dur comme fer aux vertus fortifiantes du bon air de la campagne. Elles etaient aussi necessaires, une fois par an, a la sante de ses filles parisiennes que l’infecte cuilleree d’huile de foie de morue que nous avalions avec peine chaque matin. Maman avait fini par s’incliner devant les connaissances incontestables de ce professionnel de la sante.
Du coup, elle m’avait assommee de recommandations : Ne sors jamais sans ton chapeau !, Dehors, reste bien a l’ombre !, Ne va pas abimer tes mains a eplucher les legumes ! Cela noircirait tes paumes et deformerait tes jolis doigts. Dans un petit necessaire a couture, elle avait rassemble pour moi assez de broderies pour m’occuper du matin au soir. Quelle horreur ! J’avais bien l’intention de n’en realiser aucune, bien que je les eusse examinees avec un interet feint. Si elle avait eu le moindre soupcon que j’etais decidee a n’en faire qu’a ma tete, elle m’aurait ramenee illico avec elle a Paris.
Bien sur, a mon retour, devant les broderies intouchees, elle decouvrirait la verite. Il me serait impossible de renouveler cet exploit l’ete suivant ! Mais de toute facon, l’ete de mes dix-sept ans me semblait d’avance bien compromis. Alors, autant vivre a ma guise un mois de bonheurs tous azimuts, malgre le chagrin de savoir qu’il serait le dernier.
Dans le compartiment, Marguerite ne tenait pas en place, en depit de son age de raison et des reprimandes de Maman, agacee d’etre sans cesse interrompue dans son tricot. Notre grand-mere maternelle, Emma, bavardait gaiement.
– Une journee a la campagne ! Ah… Voila qui va me sortir un peu de la compagnie de saint Crepin !