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Tenebreuses

Auteur : Karin Alvtegen

Traducteur : Magdalena Jarvin

Date de saisie : 13/03/2008

Genre : Policiers

Editeur : Plon, Paris, France

Collection : Policier

Prix : 20.00 / 131.19 F

ISBN : 978-2-259-20744-7

GENCOD : 9782259207447

Sorti le : 06/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 15/03/2008

Axel Ragnerfeldt, ecrivain consacre par le prix Nobel, mene une existence muette dans une maison de soins, seul face a ses souvenirs. Les temoins de son passe aux nombreuses zones d’ombre ont aujourd’hui disparu : sa femme Alice, sa maitresse Halina, sa fille Annika et surtout son ancienne domestique Gerda ont ete les actrices – ou les victimes – de drames jusqu’alors etouffes afin de proteger la reputation du grand homme. Mais le jour ou un terrible secret remonte a la surface, c’est une famille entiere qui subit une veritable descente aux enfers.

Nee a Stockholm en 1965, aussi celebre que Henning Mankell dans les pays Scandinaves, Karin Alvtegen, auteur de Recherchee, Trahie et Honteuse, est consideree comme la reine du polar suedois.

  • Les courts extraits de livres : 15/03/2008

La cle de l’appartement avait ete envoyee par la police dans une enveloppe a bulles. Marianne se trouvait devant une porte a la peinture marron, ecaillee, dans une cage d’escalier demodee qui avait subi les ravages du temps. Gerda Persson etait morte depuis trois jours lorsque les services sociaux l’avaient trouvee allongee dans son appartement. Elle avait quatre-vingt-douze ans et trois mois. C’est tout ce que Marianne savait de cette femme. Et puisqu’on avait fait appel a elle, il etait evident que ni la police ni les services sociaux n’avaient retrouve de membres de la famille susceptibles de s’occuper de toutes les choses a regler lors d’un deces. Dans ces cas-la, le dossier atterrissait sur le bureau de Marianne Folkesson. Avec une simple cle anonyme pour retracer toute une vie inconnue. Elle etait deja venue dans ce quartier ou les immeubles comptaient beaucoup de petits appartements dont les occupants etaient, pour la plupart, en contact avec les services de l’assistance sociale. Pour certains, lorsqu’ils mouraient, il n’y avait personne a contacter. Personne d’autre que l’employee municipale charge de regler les successions : Marianne Folkesson.
Elle ouvrit le sac, en sortit des gants en plastique, mais laissa de cote le masque hygienique. Elle ne savait jamais ce qui l’attendait derriere ces portes fermees mais, par respect pour le defunt, elle evitait tout a priori. Parfois, elle trouvait des interieurs meticuleusement ranges, abandonnes immacules a la posterite avec tous ces objets traites avec soin, que personne ne reclamerait plus. Elle ne voulait pas penetrer dans un tel logement avec un masque, car a travers ces objets qui avaient constitue le foyer du defunt, se degageait le sentiment diffus de sa presence. Elle n’etait d’une certaine facon qu’une intruse et ne desirait pas aggraver sa situation par le port offensant d’un masque hygienique. Elle preferait se considerer comme une alliee. Venue clore, dans le respect et la dignite, la vie cachee derriere les noms inconnus qui atterrissaient sur son bureau. Ranger, trier, rassembler les souvenirs et si possible trouver une personne pour laquelle ils auraient une signification. La mort ne lui faisait plus peur. Apres vingt ans de metier, elle avait compris qu’elle faisait naturellement partie de la vie. Elle ne cherchait plus un sens a l’existence, ce qui ne signifiait cependant pas qu’elle croyait l’avoir trouve. Puisque l’univers etait la, il devait bien y avoir une raison. Elle s’en satisfaisait, faisant confiance au mystere.
La vie. Un petit point entre deux eternites.
Les dossiers qu’elle traitait n’etaient pas toujours aussi vides, meme si l’entourage s’etait retreci, et que les dernieres annees paraissaient bien solitaires. Certains foyers etaient le contraire d’une maison de poupee bien rangee. Le desordre et la crasse y etaient tels que l’air en devenait irrespirable. La, les papiers peints decolles et les meubles brises criaient le desespoir que le disparu avait eprouve entre ces murs. Marianne se disait alors que la personne avait du etre psychologiquement instable, sans reseau social, et avait reussi a survivre tant que les services sociaux s’en etaient preoccupes. En beneficiant peut-etre d’une residence collective, jusqu’a ce qu’elle aille mieux et soit consideree comme suffisamment autonome pour ne plus occuper une des rares places que la societe mettait a la disposition des personnes agees. Ces individus qu’on avait crus capables de se debrouiller seuls, auxquels l’on avait attribue un logement independant, se retrouvaient dans un tel isolement que la maladie gagnait rapidement du terrain. A leur mort, la mission de Marianne consistait a retablir l’ordre. Faire de son mieux pour retrouver un proche au moins qui accepterait d’assister a l’enterrement. Parfois, personne ne venait. Elle etait seule avec le pretre, l’entrepreneur des pompes funebres et l’organiste pour accompagner le disparu dans son dernier repos. Dans ces cas-la, elle s’aidait de photographies et d’objets afin de personnaliser la ceremonie. Mais lorsqu’elle deposait une fleur sur le cercueil, elle demandait toujours pardon pour l’incompetence de la societe qui avait trahi ces personnes agees et les avait laissees affronter seules la misere, sans intervenir.
Elle se retourna, et tendit une paire de gants en latex a sa collegue. Elle n’avait pas le droit d’entrer seule dans un appartement les premieres fois. Il fallait qu’elle soit accompagnee d’un employe de la commune. Personne ne devait pouvoir remettre en cause ce qu’elle faisait. Differents collegues venaient avec elle, selon les disponibilites de chacun. Cette fois, c’etait une aide du service de gerontologie. Marianne n’arrivait plus a se souvenir de son nom.
Solveig enfila les gants, et Marianne glissa la cle dans la serrure. Sous la porte s’amoncelaient des prospectus publicitaires et quelques numeros d’un journal local gratuit. Aucune puanteur dans cet appartement qu’il faudrait juste aerer. Elle ramassa rapidement le courrier, en fit une pile et la placa sur une etagere dans l’entree. Il ne semblait y avoir aucune facture impayee, ni abonnements a regler ou resilier. Elle trouva une seule lettre adressee personnellement a Gerda. Et il s’agissait de l’offre d’un operateur Internet.