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Tombeau de Greta G.

Auteur : Maurice Audebert

Date de saisie : 17/08/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine francais

Prix : 15.00 / 98.39 F

ISBN : 978-2-7427-6943-8

GENCOD : 9782742769438

Sorti le : 17/08/2007

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  • Le courrier des auteurs : 26/09/2007

… Pour moi, les librairies n’existaient pas dans la mesure d’abord ou dans le petit village ou j’etais, il n’y en avait pas, dans la mesure ensuite ou quand j’ai ete a Perpignan, c’etait la periode assez agitee de l’avant-guerre, mes parents ne lisaient pas du tout, et je n’ai a proprement parler jamais mis les pieds dans une librairie avant l’age en gros qui doit se situer du cote de dix-huit/vingt ans. Et encore, je vais revenir la-dessus. Le seul livre que j’ai eu a ma disposition pendant toutes ces annees-la, c’est un seul livre qui sortait de je ne sais ou : c’etait une edition du Vicomte de Bragelonne d’Alexandre Dumas, je crois qu’il y avait une dizaine de volumes dont le dixieme manquait, je ne sais pas pourquoi. Donc, jusqu’a l’age de trente ans, j’ai attendu pour savoir comment se terminait Le Vicomte de Bragelonne. Ca, c’est mon rapport au livre en general. Mon rapport a la librairie, je suis entre, et alors la, c’est mon premier souvenir, tout a fait par hasard dans une librairie de Perpignan, parce que j’avais lu dans je ne sais plus quel journal un compte rendu des Mouches, la piece de Sartre. Et donc ca a ete la premiere fois que j’ai achete un roman. J’ajoute que ulterieurement, j’en ai achete d’autres bien sur, quoique la aussi, c’est un peu plus complique. Mais je n’ai pas dans ma jeunesse achete beaucoup de romans et frequente beaucoup de librairies pour une raison extremement simple : c’est que je n’avais pas d’argent pour pouvoir acheter tout ca. Alors dans la suite, j’ai fait mes etudes comme tout le monde. Au terme de mes etudes, je suis devenu professeur. Je suis agrege de philo, ca a donc ete la philosophie. Et au terme de mes etudes, j’ai donc ete nomme d’abord a Vierzon ou j’ai passe dix ans, et j’ai ensuite ete nomme a Paris. C’est tres tres vague, mais j’ai l’impression de n’avoir jamais mis les pieds dans une librairie de Vierzon – il devait bien y en avoir une quand meme, quoi que ce ne soit pas une ville tres litteraire. Donc la, je n’ai pas de souvenir, d’autant que chaque fois que j’avais un peu de liberte, je venais a Paris. Donc c’est la que j’ai frequente, non pas les librairies, et toujours pour la meme raison : j’etais jeune professeur, je n’avais pas beaucoup d’argent pour acheter des livres, et par consequent, quand je venais a Paris, c’etait pour acheter des livres d’occasion. Cette espece d’avarice de jeunesse, je l’ai conservee tout le temps, c’est-a-dire que je n’allais pas dans une librairie pour acheter des livres neufs, mais pour acheter des livres d’occasion. Et en particulier, il y avait une librairie, je ne sais pas si vous la connaissiez, qui se situait rue Monsieur-Le-Prince, qui etait tenue par quelqu’un qui etait un homme absolument charmant. Il etait ecrivain, je crois aussi, et s’appelait Pierre Bearn, et chez Pierre Bearn, on trouvait tous les livres nouveaux a des prix d’occasion, et c’est donc la que j’ai fabrique ma bibliotheque, a partir des bouquins d’occasion que je trouvais chez Pierre Bearn. Par la suite, j’ai conserve cette habitude. Aujourd’hui, je pourrais m’acheter des livres a des prix normaux, mais j’ai conserve cette habitude d’acheter des livres a des prix reduits, c’est-a-dire aujourd’hui, les prix reduits, ce sont les livres de poche. Et donc, je ne peux pas dire que j’ai eu avec un libraire ou des libraires vraiment des relations privilegiees. Mais je precise que je considere que le libraire, c’est quelqu’un d’extremement important, et qu’il est tres dommage que aujourd’hui, les libraires tendent, je ne dis pas a disparaitre, car j’ai l’impression qu’actuellement, il y a une sorte de renouveau. Mais ils jouent, pas pour moi, ils ne l’ont pas joue pour moi, mais je pense qu’ils jouent pour beaucoup de gens un role absolument determinant. Alors au terme de ces quelques minutes – je ne sais pas exactement pour qui je parle, puisque je fais partie d’une generation ou Internet n’existait pas-, donc a tous les inconnus qui ecoutent Internet, j’adresse mon salut le plus amical.

  • Le journal sonore des livres : Lu par Maurice Audebert – 07/09/2007

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Maurice Audebert – 07/09/2007

  • Les presentations des editeurs : 06/09/2007

LE POINT DE VUE DES EDITEURS

Hollywood, annees 1930. Le cinema balbutie ses premiers mots et ce debut est aussi une fin. L’Europe de l’exil ne sait plus si elle doit regarder en arriere ou en avant. De cet etourdissant present fige entre deux menaces – instant de grace ou tournant fatal – emerge un visage sublime dont la lumiere assombrit le monde autant qu’elle l’eclaire. Mais la vraie vie de Greta G. echappe a tous, comme a elle-meme.
A ses cotes pendant dix annees, le narrateur, linguiste viennois aux ambitions amputees par la Premiere Guerre mondiale, devenu photographe professionnel par inadvertance esthetique et specialiste en cliches de fesses (tres litteralement) par hasard philosophique, homme blesse, compagnon de solitude ideal, raconte et tente de saisir, a coups de flashes d’une memoire elusive, la verite de celle qui fut “la Divine”.
Sans doute la seduction de ce texte tient-elle dans son impitoyable elegance. Car tandis que le Champagne coule a flots, c’est avec une noirceur et une drolerie dechirantes que Maurice Audebert fixe le vertige des ames penchees au-dessus de leurs propres gouffres.

Agrege de philosophie, Maurice Audebert a enseigne toute sa vie. Membre du Studio-theatre de Vitry aux cotes de Jacques Lassalle a ses debuts, il est aussi auteur d’une cinquantaine de pieces, acteur et metteur en scene. Tombeau de Greta G. est son deuxieme roman apres Heureux qui comme Ulysse…, paru chez Buchet-Chastel en 2004.

  • La revue de presse Alexandre Fillon – Lire, novembre 2007

Le narrateur de Tombeau de Greta G. a investi la Villa, immense et baroque batisse plantee sur les hauteurs de Beverly Hills…
A la Villa, refuge pour animal traque, le heros de Maurice Audebert a forme pendant dix ans un couple improbable avec Greta Garbo, ce mythe et ce mystere, cette ombre lumineuse sur les ecrans des salles sombres que venaient adorer les foules mysterieuses. Une actrice qu’il a rencontree un jour de l’annee 1919 a Uppsala, lorsqu’elle etait encore juste une adolescente gauche, perdue ensuite puis retrouvee. Une femme surnommee le sphinx suedois qui savait n’etre que de passage et disait d’ailleurs : Je suis de nulle part… Ce mince roman cisele, ou les figurants se nomment Ernst Lubitsch, Scott et Zelda Fitzgerald ou Anita Loos, parle superbement de l’exil et de la fuite, de la poursuite du bonheur. Des reves pas toujours forcement compatibles avec l’implacable realisme hollywoodien.

  • Les courts extraits de livres : 06/09/2007

Je dis : “Tu aurais tort !”
Elle repondit : “Je rirai si je veux !”
– Je repete que si j’etais toi…
– Quelle vanite ! Et qui es-tu pour decider de ce que je dois faire ?
Elle savait pourtant bien que je ne “decidais” pas, mais il est parfois plus facile de ne pas savoir.
Un moment plus tard, la porte d’entree claquait.
C’est ainsi qu’elle sortit apparemment de ma vie.
Un peu plus tard encore, je la regardai (ma joue contre le rideau de velours poussiereux et fane) qui descendait le boulevard de sa demarche gauche de jeune garcon.
Elle ne revint jamais a la Villa. Je ne cherchai jamais a la revoir. Je l’evitai volontairement en deux occasions. Certains la poursuivirent, quelques-uns l’apercurent, d’autres la montrerent du doigt. On parla beaucoup d’elle, souvent, longtemps encore et n’importe qui.

Les enfants, les vieillards parfois, depuis le haut d’un pont, eveillent l’eau d’une pierre qu’ils jettent : c’est d’abord comme un bref tourbillon – et il echappe au regard du passant, toujours presse ou, s’il l’apercoit, il l’a vite oublie – mais la surface bientot commence a se troubler d’une ride circulaire, et puis nait un autre cercle, un peu plus loin, un autre encore, et un autre, d’une circonference a chaque fois plus ample, de sorte que, n’etaient les rives ou la discrete vague vient se briser, ce serait peut-etre, de cercle en cercle, l’univers tout entier que gagnerait, a la fin, ce petit ebranlement concentrique.
Ainsi en va-t-il de la memoire qui…
Mais la pierre est deja lancee.

LA VILLA

La Villa ne fut sans doute, au commencement, que le projet d’un architecte dement, mais qui dut rencontrer plus fou que lui puisqu’il finit par le realiser. A moins que celui-la n’eut compris, comme certains de ceux qui inventerent la ville, que l’on ne construit solidement que sur du reve.
On connait le nom de cet architecte, un certain William Sanders, parce qu’on (ou il) le grava, d’un trait grele et tremble, sur une pierre scellee au bas du mur, a gauche de la monumentale porte d’entree de style victorien. C’est tout ce que l’on sait de lui, et qu’il disparut le jour meme de la remise des clefs, ceremonie a laquelle il n’assista meme pas. De la naquirent d’inverifiables rumeurs, les uns pretendant (avec quelque logique) que la realite inoubliable de la construction manifestait suffisamment sa presence pour qu’il put se dispenser de paraitre, d’autres – mais peut-etre faut-il deceler ici, et par un de ces effets de glissement que l’on rencontre en certaines occasions, une contamination du reel par l’imaginaire et la simple transposition d’un stereotype de film d’epouvante – qu’il se serait emmure, elevant lui-meme pierre a pierre les parois de son tombeau, quelque part dans un recoin de l’immense batisse.