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Tombes avec la nuit

Couverture du livre Tombes avec la nuit

Auteur : Richard Millet

Illustrateur : Daniel Sciora

Date de saisie : 20/11/2007

Genre : Theatre

Editeur : l’Archange Minotaure, Apt, France

Collection : L’oeil du souffleur

Prix : 14.00 / 91.83 F

ISBN : 978-2-35463-004-1

GENCOD : 9782354630041

Sorti le : 06/09/2007

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

La mere. – Alors c’est que vous n’avez jamais eu froid. Vous etes trop jeune. Le froid, ca appartient au passe, comme les loups et les grandes familles. Vous ne pouvez pas savoir ce que c’etait, de traverser l’hiver des hautes terres avant qu’on y ait plante tous ces sapins qui ont, parait-il, modifie le climat, l’ont rechauffe, ont echange un peu de douceur contre la nuit des resineux et ont chasse les hommes, oui, une nuit maintenant sans legendes parce que sans personne pour dire l’hiver, pour ecouter les morts et plaindre les vivants, non, plus personne… (Elle se leve, va a la fenetre.) Paul est en retard… Ils sont tous en retard.

Richard Millet est ne a Viam, en Correze, en 1953. Il a publie entre autres titres, La chambre d’ivoire, L’amour mendiant, Lauve le pur, Le sentiment de la langue, Le gout des femmes laides, et, chez l’Archange Minotaure, Sacrifice.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

LA MERE. – Ah ! C’est pour mon fils que vous etes venu… Je ne savais pas. Il ne me dit jamais rien. Il est si mysterieux… On ne sait pas ce qu’il aime le mieux : parler ou se taire, ou bien parler pour mieux se taire… Et sa facon d’etre la sans y etre vraiment… Tenez, asseyez-vous. C’est la qu’il fait le moins froid. Cette maison est impossible a chauffer… J’y ai toujours eu froid… Sait-on encore ce que c’est, le froid ?

LE VISITEUR. – Je ne deteste pas l’hiver. Je peux meme dire que j’aime ca, le froid, le givre, la neige, la grande saison interieure… Tout est ferme, les levres, les bras, les fenetres… Et ce silence…

LA MERE. – Alors c’est que vous n’avez jamais eu froid. Vous etes trop jeune. Le froid, ca appartient au passe, comme les loups et les grandes familles. Vous ne pouvez pas savoir ce que c’etait, de traverser l’hiver des hautes terres avant qu’on y ait plante tous ces sapins qui ont, parait-il, modifie le climat, l’ont rechauffe, ont echange un peu de douceur contre la nuit des resineux et ont chasse les hommes, oui, une nuit maintenant sans legendes parce que sans personne pour dire l’hiver, pour ecouter les morts et plaindre les vivants, non, plus personne… (Elle se leve, va a la fenetre.) Paul est en retard… Ils sont tous en retard.

LE VISITEUR. – Il y en a qui sont toujours en avance ; c’est peut-etre la meme chose que d’etre en retard… La loi de l’equilibre… Je suis arrive trop tot a la gare d’Austerlitz, ce matin. Il faisait beau, a Paris, tres beau, un ciel d’un bleu extraordinaire, le soleil se levait sur les voyageurs – mures en eux-memes, les voyageurs, suintant la nuit, moches, gris, sombres a vous degouter de l’espece humaine, les hommes aussi bien que les femmes : de quoi se jeter dans le premier wagon et retourner a sa propre nuit, dans un sommeil d’assassin, puis s’apercevoir, a Limoges, trois heures plus tard, qu’il est beaucoup trop tot pour l’autorail menant aux hautes terres. Alors j’ai loue une voiture… Je ne supporte pas d’attendre.