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Trois lecons sur l’Etat-providence

Auteur : Gosta Esping-Andersen | Bruno Palier

Traducteur : Marianne Groulez

Date de saisie : 19/02/2008

Genre : Societe Problemes et services sociaux

Editeur : la Republique des idees, Paris, France | Seuil, Paris, France

Collection : La Republique des idees

Prix : 11.50 / 75.44 F

ISBN : 978-2-02-097098-3

GENCOD : 9782020970983

Sorti le : 14/02/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Pour beaucoup aujourd’hui, les depenses de l’Etat-providence (retraites, assurance-maladie…) sont un cout qu’il s’agit sinon de reduire, en tout cas de contenir. Et si elles devenaient un investissement ? Un investissement dans l’avenir, non seulement pour proteger les individus contre les aleas de la vie, mais pour les aider a rester maitres de leur destin tout en repondant aux defis economiques de demain ? C’est a cette revolution sociale et politique que nous invite le grand sociologue Gosta Esping-Andersen.

Gosta Esping-Andersen est sociologue, specialiste de l’Etat-Providence. Il est actuellement Professeur a l’universite Pompeu Fabra de Barcelone. Il a notamment publie Les Trois Mondes de l’Etat-Providence (PUF, 2007) qui s’est impose comme une reference internationale.

Bruno Palier, chercheur du CNRS et enseignant a Sciences-Po Paris, est specialiste des reformes des systemes de protection sociale en Europe. Il presente ces Trois lecons.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Extrait de la presentation de Bruno Palier :

Quel Etat-providence pour les societes postindustrielles vieillissantes ?

Alors que l’avenement de l’economie post-industrielle a remis en cause les compromis qui ont porte la croissance des Etats-providence europeens, les grandes evolutions sociales recentes (entree des femmes sur le marche du travail, vieillissement de la population, inegalites croissantes…) appellent de nouvelles interventions. Est-il aujourd’hui possible de trouver les nouveaux compromis qui permettraient de redefinir les missions de l’Etat-providence au XXIe siecle ? Les trois lecons que l’on va lire proposent une veritable revolution dans l’approche de cette question. Elles proposent de substituer a une conception traditionnelle et statique des politiques sociales, visant a reparer les situations les plus difficiles ou bien a remplacer les revenus perdus, une perspective dynamique prenant en compte les trajectoires des individus, leurs aleas dans l’economie de la connaissance, et l’emergence de nouvelles inegalites entre les genres, les generations et les groupes sociaux propres aux societes post-industrielles. Cette approche montre que les politiques sociales ne peuvent plus se contenter d’etre des dispositifs d’indemnisation, mais qu’elles doivent porter une strategie collective d’investissement social. Bref, il s’agit de passer d’un Etat-providence essentiellement infirmier, a un Etat-providence investisseur.

Etat-providence et societe industrielle

Les systemes d’assurance sociale, figure principale de l’Etat-providence en Europe continentale, sont l’emanation et le support de la societe industrielle. Ils naissent au XIXe siecle avec la revolution industrielle et son correlat social : l’emergence du salariat. Destinees a garantir la continuite du revenu des ouvriers qui ont perdu les solidarites familiales et locales de la societe agricole, elles permettent en meme temps aux patrons de s’assurer la fidelite, la stabilite et la qualite de leur main-d’oeuvre.
Au cours des trente annees qui suivent la Seconde Guerre mondiale, le fordisme et les approches keynesiennes des politiques economiques vont permettre une veritable explosion des depenses sociales (de 5 a 25 % du PIB en moyenne en Europe). Pendant cette periode, les politiques economique et sociale semblent se renforcer l’une l’autre. Les dispositifs de protection sociale permettent alors de soutenir et de relancer la croissance economique : ils sont createurs d’emploi (professions sanitaires, sociales et d’administration de la protection sociale); ils permettent de soutenir la capacite a consommer de ceux qui ne peuvent plus travailler (pour cause de maladie, chomage, vieillesse, invalidite); dans la mesure ou ils garantissent une securite du revenu, ils liberent l’epargne de protection et permettent de consacrer une part croissante des revenus a la consommation ; ils sont aussi des instruments de relance de la consommation (par le biais d’une augmentation des prestations sociales ou de creations d’emplois dans les services sociaux publics). La croissance economique des Trente glorieuses (1945-1975) repose en grande partie sur les interactions vertueuses entre developpement de l’industrie de biens standardises de grande consommation, consommation de masse et generalisation de la protection sociale.
Utile a l’economie, la protection sociale permet en meme temps de repondre aux besoins sociaux de l’epoque : ameliorer la sante de la population dont l’esperance de vie depasse rarement 65 ans, lutter contre la pauvrete, qui est alors – et depuis longtemps – concentree sur les personnes agees, et soutenir la nouvelle repartition des roles sociaux. Alors que dans les societes agricoles, tout le monde travaillait a la ferme (les hommes, les femmes et les enfants), la societe industrielle definit une nouvelle repartition des taches, ou les hommes garantissent le revenu et la protection sociale de l’ensemble du menage, les enfants sont de plus en plus scolarises, et les femmes supposees rester a la maison et prendre en charge les travaux domestiques.
Si tous les Etats-providence developpes partagent les fonctions de soutien a la demande et d’indemnisation des risques sociaux, les differents pays occidentaux n’ont pas tous mis en place les memes dispositifs de protection sociale.