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Tu te souviens de 68 ? : une histoire intime et affectueuse

Auteur : Bernadette Costa-Prades

Illustrateur : Florence Cestac

Date de saisie : 06/04/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Prix : 19.90 / 130.54 F

ISBN : 978-2-226-18166-4

GENCOD : 9782226181664

Sorti le : 02/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 07/04/2008

Tu te souviens qu’on parlait a tout le monde dans la rue ? Tu te souviens des reunions interminables ? Tu te souviens qu’il fallait coucher pour avoir l’air liberee ? Tu te souviens qu’on se tordait le pied avec nos sabots ? Tu te souviens des departs lugubres de la gare du Nord pour aller se faire avorter ? Tu te souviens qu’on a tous fini chez le psy ?…

De la France de Tante Yvonne aux annees de militantisme, des mouvements de liberation a la fin de la lutte finale, Bernadette Costa-Prades retrace la petite histoire secrete et affectueuse de 68.

Une epoque d’intelligence, de petillement, d’utopie. Mais aussi d’exces, de folies, de derives dont les temoins connus – Roland Castro, Joelle Brunerie, Romain Goupil, Marin Karmitz, Rene Frydman, Gerard Fromanger… – ou moins connus, se souviennent ici avec humour et tendresse, parce qu’elle a bouleverse leur vie. Melant cliches personnels, photos d’archives et illustrations, voici la premiere histoire intime de 68, aussi emouvante que Nos meilleures annees.

Bernadette COSTA-PRADES est journaliste, auteur de nombreux ouvrages chez Albin Michel. Derniers livres parus en septembre 2007 : Parents, osez vous faire obeir !, avec le docteur Stephane Clerget et une biographie sur Frida Kahlo, aux editions Libella.

  • Les courts extraits de livres : 07/04/2008

LA FRANCE DE TANTE YVONNE

Il faut s’imaginer la France d’alors, une 403 bleu marine ou grise, interieur en velours ras, de Gaulle au volant, les deux mains sur le cercle, Yvonne a ses cotes, le sac a main sur les genoux, et nous, nous tous, derriere, en proie aux nausees des promenades dominicales, a l’ennui vertigineux d’un avenir deja demode. Jean-Paul Dubois, Une vie francaise.

Premier decor
Retour quelques decennies en arriere. Les appartements des Francais viennent de s’equiper de tout nouveaux appareils electromenagers (robot et mixer pour la soupe) ; les tables de la cuisine en Formica, facile a entretenir, appellent le coup d’eponge. La menagere a son salon et les maisons brillent comme des sous neufs. Renee Prades, 85 ans aujourd’hui, se souvient d’avoir regarde tourner sa premiere machine a laver toute la journee, lorsqu’on la lui a livree !
Dans la salle a manger trone un nouvel invite : un gros poste de television plante devant la table. Une seule chaine en noir et blanc, ou Guy Lux et ses vachettes, Leon Zitrone et son tierce, officient en vedettes, tandis que Catherine Langeais annonce les programmes.
Une meme voix, celle du gouvernement… Quand je regarde la television avec mes enfants aujourd’hui et que j’entends un propos de journaliste un peu critique, je leur dis : “Vous voyez, ce que vous venez d’entendre, c’etait inimaginable il y a quarante ans.” Ils ont du mal a me croire, raconte Jean-Loup Riviere.
Comme on a du mal a imaginer les ecoles d’alors, les filles d’un cote, les garcons de l’autre, et quelques injustices criantes qui commencent a agacer certaines, dont Dominique Chagnaud : Le port de la blouse obligatoire, mais uniquement pour es filles, cela me rendait folle de rage : “Je veux bien la mettre, mais alors les garcons aussi !” Et puis il y avait l’interdiction d’etre en pantalon, ou bien il fallait enfler une jupe par-dessus. La encore, c’etait totalement stupide. Moi, j’allais en cours en mobylette, je leur faisais remarquer qu’en robe, on voyait ma culotte, ce qui etait nettement plus indecent ! L’incoherence, voila ce qui domine dans les ecoles. Regine Lemoine-Darthois s’en etonne encore : Au foyer de jeunes filles de Mme de La Rochefoucault, il fallait etre rentre a 10 heures du soir pour proteger notre vertu. A 10 h 05, les portes etaient fermees et vous passiez la nuit dehors !

Si c’est ca, le bonheur…
Et dans les facs ? L’ambiance, n’est pas beaucoup plus legere : Devant les amphitheatres de la faculte de droit a Toulouse, des appariteurs distribuaient des cravates aux etudiants qui n’en avaient pas. Je me souviens d’un jour ou il faisait une chaleur infernale, quelques etudiants avaient enleve leur veste. Le professeur est entre et, quand il les a vus en bras de chemise, il est ressorti aussitot, l’air outre, raconte Alain Alcouffe. Nicole Prieur, elle, a choisi de faire philo pour s’ouvrir l’esprit et suit un cours sur le bonheur. Devant son contenu et le ton monotone et professoral de son enseignant, elle s’etonne : Eh bien, si c’est ca, le bonheur !
Pour la majorite des filles, l’horizon professionnel, c’est secretaire ou institutrice. Et quand elles font des etudes superieures, leur maman espere secretement qu’elles y trouveront un bon mari. Quant a celles qui tentent d’aller plus haut, les encouragements ne sont pas excessifs, c’est le moins qu’on puisse dire, et les experiences, un tantinet sadiques : J’etais dans une classe preparatoire aux grandes ecoles. On nous faisait passer fictivement les epreuves du concours d’entree a HEC, interdit aux filles a l’epoque, et ensuite on nous disait : “Vous voyez, ce n’est pas mal, vous auriez ete dixieme”…, se souvient encore Regine Lemoine-Darthois.