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Tunis, par hasard

Auteur : Anne-Christine Tinel

Date de saisie : 29/02/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Ed. Elyzad, Tunis, Tunisie

Collection : Eclats de vie

Prix : 13.90 / 91.18 F

ISBN : 978-9973-58-010-8

GENCOD : 9789973580108

Sorti le : 20/02/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Une jeune Francaise quitte son p, vecu un traumatisme. Elle s’installe a Tunis pour se perdre dans l’oubli de sa propre douleur. Son regard sur la societe est acere, souvent brutal, parce qu’il est celui d’une femme blessee. Pourtant, une rencontre avec sa voisine, Farah, va donner lieu a une plongee dans une autre histoire, dont la narratrice tente de percer le secret. Dans le temps ou elle cherche a comprendre Farah, de facon assez enigmatique elle se reconcilie avec elle-meme, et avec son passe.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Partir ou se reposer de soi dans la legerete d’un autre destin

Tunis. Septembre 2002. L’avion fait une large boucle ; la colline de Sidi Bou Said a peine entrevue, Carthage apparait dans le hublot ; villas dans la verdure, fine ceinture contre la mer. Partout ailleurs, tout est gris, d’autant que la mer est bleue. Les maisons, ciment niche dans la poussiere, agrippees a la terre, precaires. Rangees le long des lacs. Qui ont perdu la moire de la mer, pour adopter la couleur locale, remuee, lourde. C’est ici, alors. Serrer l’enfant qui me reste ; il a mal aux oreilles dans la descente de l’avion. Avale ta salive. Baille. L’avion vole maintenant si bas qu’il a l’air de vouloir se ficher dans la grande roue de foire qui depasse au-dessus du paysage, de se poser sur les maisons, sur la circulation. Tout recommencer. Est-ce qu’on recommence, seulement. Y croire ; pour y croire, le faire = vivre. Vivre, coute que coute ; ferocement.

Octobre. La Marsa ; sortie de l’ecole. Chauffeurs en bras de chemise ; grosses bagnoles noires. Agent de la circulation. Pas de place pour se garer. Les meres de famille viennent vingt minutes avant la sonnerie, au moins, pour avoir le loisir de papoter : salles de sport ; body building ; yoga, stretching, thalasso, femmes de menage. Idees deco. 4×4; week-end dans le desert. Le verbe “faire” : faire la Tunisie ; faire le festival de Tabarka ; faire le desert. Mais qu’est-ce que je fous la. Enfin les ecoliers deferlent, metamorphosent la scene dans le tapage de l’enfance.
Dans la petite foule des cartables agglutinee autour du colporteur qui vend des merdouilles attractives, la joie de vivre de mon fils. Moi aussi, par lui dans l’instant metamorphosee. Gouter. Bambalouni poisseux, brulants, sur la place du Saf-Saf ou tout en haut de Sidi Bou, (queue devant l’echoppe minuscule contre l’escalier ou travaille pour le soir le vendeur de bouquets de jasmin) ; ou tabouna fraiche, avec ou sans chocolat, en piles parfumees chez l’epicier d’a cote la creche d’ou emergent les tout-petits couche trop lourde, pas changee assez souvent. Faire abstraction des bruits fantasmatiques qui circulent a peu pres dans toutes les creches : sirop-qu’on-donne-aux-gosses-pour-les-faire-dormir ; gavage-de-tele/bonbons ; voire : attouchements-de-la-directrice. Mauvaise conscience des meres qui attrapent leurs gosses sous le regard culpabilisant des voisines, qui ne confient les leurs a personne, et plaignent a tue-tete ces enfants abandonnes par les meres qui prennent la liberte de travailler. Je m’identifie a elles ; le mien, heureusement, va a la maternelle. Elles sont droles les voisines. Mais qu’est-ce que je peux faire, je ne peux pas le garder toute la journee, il faut bien que je travaille. Ma voisine opine avec condescendance, superiorite ; elle resplendit de certitude. Je la quitte. Adjectif “couard” (…)