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Un enfant vole

Auteur : Didier Seraffin

Date de saisie : 23/08/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Philippe Rey, Paris, France

Prix : 14.90 €

ISBN : 978-2-84876-092-6

GENCOD : 9782848760926

Sorti le : 23/08/2007

  • La Radio des libraires : Martine Clesse de la librairie DUCHER a VERDUN, France – 28/09/2007

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Martine Clesse – 28/09/2007

  • Les presentations des editeurs : 28/09/2007

On ne sait qui il est ni d’ou il vient. En ce soir d’hiver, dans une etable, il abat brutalement deux vaches, puis le fermier accouru, et enfin sa femme hurlante qui s’affale dans la neige. A l’interieur de leur maison, il decouvre un nouveau-ne, qu’il emmaillote et emmene, sans la moindre hesitation.

Commence alors une longue errance pour l’homme et le petit ange attache sur son dos : dans les villes desertes, les trains pris au hasard, les forets, jusqu’a la rencontre avec les Renommieux, montreurs d’animaux, qui les integrent dans leurs tournees. La, au sein de cette famille fruste, dans le soin quotidien des lions, des tigres et des pantheres, dans le perpetuel renouvellement de la vie nomade, l’homme et l’enfant vont nouer une singuliere relation. Jusqu’a l’effroyable tragedie qui clot cette echappee sous haute tension.

Tout au long du recit, le lecteur s’attache malgre lui a ce fugitif, meurtrier et voleur d’enfant, capable aussi de sentiments lumineux, ainsi qu’aux autres personnages qui se debattent dans les meandres de la marginalite. Car ce roman nous conduit dans un univers fait a la fois d’humanite et d’animalite, de sauvagerie et de raffinement, de violence et de douceur. La vie, en somme…

  • Les courts extraits de livres : 09/06/2009

Le lait tacha la boue. Je m’essuyai la bouche, le pis de la vache tremblait encore. Je regardais autour de moi ; l’etable sentait fort, un mince ruisseau blanc s’ecoulait sur le sol, formait comme une rigole sur la terre crevassee. Les vaches alignees, debout, me faisaient penser a un casernement, une chambree de bidasses, fesses au carre, toute cette angularite degueulasse. J’eus envie de vomir, de partir, mais au fond j’etais bien, moi au chaud, la neige dehors. Par une minuscule lucarne j’apercus une rangee d’arbres, des peupliers tres grands, tres droits, tres beaux, mais atteints comme d’une meme maladie, la meme hauteur dans un ciel maintenant presque noir, delaye.
La plaine paraissait devastee, non pas vide, il y avait la neige, mais comme devoree, dehors c’etait de la neige sur du rien, voila tout. Le gout acre et tiede du lait etait encore sur mes levres. Je m’engourdissais, je baissais la garde. J’avais envie de m’allonger, me recroqueviller, ne pas vieillir, seulement calquer ma respiration sur celle des vaches. Je m’attendais a un cri, une pagaille, mais non, rien, pas un bruit dans l’etable, le silence tout seul, les grandes vaches muettes, la lumiere blanche du dehors, la paille chaude des litieres, et tout ce temps a tuer, une nuit a attendre, a etre sur le qui-vive. En fait je ne sais pas comment c’est venu. J’avais sorti le revolver de ma poche. J’ai entendu une detonation, la vache a fait un gros bruit, puis s’est couchee sur le cote. Le sang pissait par une oreille. Sur la deuxieme vache, j’ai pose l’arme entre les yeux, des yeux si etonnes, beaux a leur maniere, mangeoire sans ame, puis j’ai tire, consciencieusement, la bete a genoux devant moi, morte au front.

Un coup de pied avait propulse la porte. Le dehors entrait dans l’etable. Dans la lumiere, une grande silhouette noire avec un canon double s encadrait entre le chambranle et la terre battue. J’etais tasse dans un coin, invisible. Je le voyais, scrutant, des flocons voletaient au-dessus de sa tete, le froid arrivait. Je frissonnai, il dut l’entendre, detourna la tete, pointa le fusil a canons juxtaposes vers le recoin sombre ou j’etais. J’ai tire le premier. Je l’ai repousse dehors. Je ne voulais pas de lui ici. Il a fallu que je l’enjambe pour sortir de l’etable, il bouchait l’entree, cet affale. Il etait etendu, immense malentendu dans la neige, les yeux ouverts. Je regardais ce qu’il regardait, la nuit etait pleine d’etoiles, mon chargeur etait vide.