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Un gout de miel

Auteur : Dominique Rousset

Date de saisie : 03/07/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre rouge

Prix : 18.00 / 118.07 F

ISBN : 978-2-02-092600-3

GENCOD : 9782020926003

Sorti le : 06/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Ils s’appellent Angele, Tarek, Lamine, Micha et Anita. Ils viennent du nord et du sud de l’Afrique, des Philippines, de l’est de l’Europe et cherchent a gagner un pays ou la vie est meilleure. Comme des milliers d’autres, ils rencontrent les pires difficultes pour atteindre leur but et ils n’y parviennent pas toujours. Ils emportent les espoirs de leur famille et de leur village ou ils partent seuls, sans prevenir personne, ils ont parfois laisse des enfants.
Ces cinq-la ont un nom, un visage, une histoire. Angele cherche Honorine, sa petite fille qu’elle a perdue un soir, alors qu’elle fuyait leur pays en guerre. Tarek embarque avec un copain a bord d’un cargo. Lamine essaie toutes les voies possibles – le desert, la mer et jusqu’a la soute d’un avion. Micha decouvre les puissants reseaux mafieux. Et Anita, des annees durant, reste entre deux pays, ni ici ni la-bas. Leurs parcours, souvent tragiques, parfois cocasses, croisent ceux d’autres migrants – ailleurs, partout, une ronde perpetuelle autour du monde : Vous ne voulez pas de nous, mais vous nous avez donne le gout du miel, dit Lamine.

Dominique Rousset est productrice a France Culture. Un gout de miel est son premier roman.

  • La revue de presse Aude Carasco – La Croix du 2 juillet 2008

Dans son premier roman, Dominique Rousset nous plonge dans le quotidien et les errances de cinq sans-papiers, aventuriers malgre eux des temps modernes. Ils nous ont donne le gout du miel, lance l’un des clandestins. Entasses a l’arriere de l’avion francais qui les ramene de Paris au pays, les autres opinent. Comme Lamine, ils ont tente leur chance en France…
Sa plume, tendre et alerte, nous infiltre dans la peau et l’ame de ces clandestins, originaires d’Afrique, des Philippines ou de l’Est de l’Europe. Dont le seul point commun est d’avoir voulu venir dans un pays riche, attires par l’espoir de lendemains moins miserables. Pour leur famille…
Ces sans-papiers, aux destins douloureux, croises dans l’indifference des grandes villes, savent aussi observer nos manies, nos faiblesses, notre cupidite, notre arrogance d’enfants gates. Avec a la fois tristesse, incomprehension et detachement. Angele, la Rwandaise, n’a, elle, qu’une seule obsession : retrouver Honorine, sa petite fille, qu’elle a perdue un soir dans la foule en liesse, alors qu’elle fuyait le pays en guerre. Le reste, tout le reste, peut bien glisser sur elle comme du miel.

  • La revue de presse Philippe Lacoche – Le Figaro du 19 juin 2008

Ils ne veulent pas de nous. – Ils ont brise nos reves ! – Mais ils nous ont donne le gout du miel. Ce sont des pages graves, tendues, fortes et carrement poignantes que nous propose Dominique Rousset. Le sujet qu’elle aborde est ancre dans la realite, et l’auteur n’intitule pas son texte roman mais recit. Cela veut-il dire qu’elle a longuement enquete sur la question ? On ne le saura pas. Pas de preface ni de postface. Juste ce livre magnifique aux allures de fiction qui vous prend a la gorge.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Lamine

C’est un pavillon en Seine-et-Marne, un apres-midi de fevrier. Le temps est plutot doux, le soleil est sur la region depuis plusieurs jours, de quoi donner envie de bricoler au jardin. Gilbert s’est leve tot comme chaque matin, il n’a jamais su rester au lit ; six heures de sommeil c’est bien assez, et le plateau du petit dejeuner, le journal, pourquoi pas tant qu’on y est la fleur sur le plateau – il ne voit pas ce qui fait rever. Pour l’heure il siffle entre ses dents, chaudement vetu, occupe depuis bientot deux heures a reparer une cloture derriere le garage ; l’operation n’est pas simple, le mauvais temps de l’automne a fait pourrir les piquets de bois, il faut les remplacer un a un, mais il aime ce travail, et se trouver seul au fond de son jardin un jour de semaine quand toutes les maisons alentour ont ete desertees.
Au-dela du lotissement gronde la rumeur de la circulation et les avions a basse altitude signalent l’aeroport tout proche, mais ici c’est quand meme la campagne, des arbres nus et des buissons en desordre, les feuilles en tas, quelques oiseaux frileux. La veille, Gilbert a deroule le grillage qu’il veut maintenant installer sur les piquets neufs, et il se dirige vers l’atelier pour prendre ses outils. De nombreux pots de terre emmitoufles sous des voiles d’hivernage, des arrosoirs, une brouette fatiguee encombrent le passage. Poussant la porte d’un bon coup d’epaule car la pluie a fait gonfler le bois, Gilbert voit tout de suite, etendu au pied de l’etabli au milieu d’un grand desordre, un homme noir en chemise claire, le visage contre le sol.
Avec une exclamation indignee, Gilbert se precipite ; il va reveiller ce type probablement soul et le jeter dehors ; il a le temps de se demander s’il ne risque pas un mauvais coup quand il note soudain la lumiere inhabituelle dans l’atelier, et presque aussitot, levant la tete, un trou beant au plafond juste au-dessus de l’etabli. Les planches du toit sont cassees et pendent a la verticale, l’ampoule a disparu du fil arrache, deux ou trois tiroirs charges de clous ont repandu leur contenu a terre.
Alors qu’un nouvel avion approche du lotissement dans un vacarme familier et porte son ombre sur le jardin, Gilbert crie encore, de stupeur cette fois. L’homme a terre a une vilaine blessure au bras, une plaie ouverte bien visible sous la chemise dechiree, ses jambes sont brisees, dans une posture grotesque, et, detail curieux, il a sur les mains des sortes de moufles ou peut-etre des chaussettes. L’appareil, au meme moment, amorce sa manoeuvre d’atterrissage et libere les roues, laissant voir ses entrailles, un entrelacs de barres et d’essieux, un gouffre noir, puis il poursuit sa descente vers la ligne des arbres et disparait au-dela, dans un rugissement. En se penchant sur le corps, le proprietaire du pavillon decouvre les traits a peine alteres d’un jeune homme, vingt ans, vingt-cinq tout au plus.

Le soir, a la television, le maire, qui s’est rendu sur les lieux pour reconforter Gilbert et son epouse, se dit inquiet pour sa ville, il regarde la camera et il prend tout le monde a temoin : Nous avons deja proteste. Cette fois c’etait un atelier de jardin, heureusement personne n’a ete blesse. Mais si c’etait tombe sur des passants ou une ecole, est-ce qu’on se rend compte ? Cela ne peut plus durer. Il dit ceci exactement. Dans son dos, les voisins approuvent, quelqu’un a mis la main sur l’epaule de Gilbert qui hoche la tete avec force.