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Un homme modern.e

Auteur : Miclo Francois

Si vous aviez croisé Arthur Morin de son vivant, car il est mort – les meilleurs partent les premiers -, vous auriez aimé cet homme-là. Il réunissait à lui seul toutes les qualités de l’homme moderne. Sitôt que l’époque accouchait d’une idée, il la berçait dans ses bras, la dorlotait tendrement, lui faisait des risettes et finissait toujours par l’adopter. Il était contre la guerre et pour la paix. Il lisait Libé et Les Inrocks. Il avait 354 amis sur Facebook, avec lesquels il luttait chaque jour d’arrache-pied contre le monde ancien : l’ultralibéralisme, Alain Finkielkraut, les vaccins, Marine Le Pen, la malaria, François Fillon, le catholicisme, George Bush, le colonialisme, le patriarcat hétérosexuel, Margaret Thatcher, le sida, Donald Trump, le cancer, Benito Mussolini, les curés pédophiles, Adolf Hitler, la chimiothérapie, Manuel Valls, le sionisme, Philippe Pétain, TF1, de Gaulle, les croisades, le dessinateur Marsault, la bataille de Poitiers, Frigide Barjot, le machisme, Colbert, les corridas, le général Franco et l’islamophobie. Quoi d’autre ? Il était antifasciste, antiraciste, antigrossophobe. Il conspuait d’un même élan de coeur transphobie et lesbianophobie. Il ne voulait pas qu’on fît de mal aux pandas, ni aux chiens, ni aux chats. Le jour où il chopa des morpions, il leur donna un nom. Arthur Morin votait à gauche, comme chacun qui se respecte, même si la gauche forcément le décevait. Il défendait, avec un sursaut d’enthousiasme, les médecines alternatives et l’homéopathie, l’euthanasie et l’agriculture biologique, les livres de Philippe Besson et d’Amélie Nothomb. Il regrettait beaucoup de n’être ni noir ni homosexuel, comme il regrettait aussi d’être né, petit Blanc fragile, après la Grande Révolution, celle de Mai 1968. Il pratiquait l’écriture inclusive comme pas un.e. C’était un enfant de son temps. Nul n’a encore compris, jusqu’à présent, pourquoi Arthur Morin est mort, ni pourquoi ses hanches étaient ce jour-là ceintes d’une ceinture d’explosifs.