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Un sacrifice italien

Auteur : Alberto Garlini

Traducteur : Vincent Raynaud

Date de saisie : 16/01/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Litterature etrangere

Prix : 28.00 / 183.67 F

ISBN : 978-2-267-01953-7

GENCOD : 9782267019537

Sorti le : 17/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/01/2008

C’est l’histoire d’une rencontre.
Celle de deux hommes, Pier Paolo Pasolini, poete, intellectuel et cineaste, et Francesco Ferrari, jeune footballeur de genie, tous deux disparus trop tot. Ils se croisent pour la premiere fois lors d’un match de football qui oppose les equipes de tournage de 1900, le film de Bernardo Bertolucci, et celle de Salo ou les 120 journees de Sodome. Leur derniere rencontre a lieu sur une plage d’Ostie le 2 novembre 1975, lorsque le realisateur est assassine.
Mais Pasolini n’a-t-il pas ete plutot ” suicide ” a sa propre demande ? Ce mystere est le point de depart d’une magistrale oeuvre chorale qui dresse le portrait d’un pays, l’Italie, et d’une epoque, les annees soixante-dix, au travers des evenements qui les ont secouees : le terrorisme des annees de plomb, les scandales politico-financiers, l’accident d’Ustica, le tremblement de terre en Irpinia, jusqu’a la victoire italienne lors de la coupe du monde en 1982.
Une veritable lecon d’histoire imagee, servie par la virtuosite et la puissance de l’ecriture d’Alberto Garlini.

  • Les courts extraits de livres : 16/01/2008

16 mars 1975, Parme

Sur un grand terrain vague aux environs de Roncoferrato, entre Parme et Mantoue, des montgolfieres sont rassemblees. Les flammes penetrent dans les ballons, l’air chaud les gonfle, bientot ils voleront dans le ciel, pousses par le vent.
Bien des annees auparavant, dans la verte campagne de Casarsa delia Delizia, petit village de la plaine frioulane, on pouvait admirer une fontaine rustique faite d’amour, qui distillait une eau limpide et pure.
Une fontaine cachee par des milliers de roses epineuses.
Le temps revient toujours sur ses pas pour expliquer l’inexplicable.

Vetu d’un simple survetement bleu marine, Francesco marche vers le petit terrain de football de la citadelle de Parme. Il a aux pieds une paire de Puma a crampons. Pendant tout le trajet a bicyclette au milieu de la circulation urbaine, entre les Opel Ascona et les Fiat 127, a cause de leur cuir rigide, il a eu du mal a pedaler. A present les crampons qui grattent l’asphalte l’empechent de poser normalement les pieds au sol.
Il depasse une affiche publicitaire du film A nous les lyceennes, franchit le pont et les sombres bastions en etoile, suit une allee goudronnee. Au bout de la rangee de platanes, il apercoit une centaine de personnes adossees au grillage metallique qui entoure le terrain central. Il se fraie un passage entre les gens et, derriere le grillage, lui apparait un tableau aux couleurs criardes et improbables qui s’agitent parmi la terre et l’herbe.
Une fois remis de sa stupeur, il se hate vers les bancs, mais il a le temps de remarquer un enfant seul dans la foule, enveloppe d’une echarpe qui le couvre presque entierement. Il doit avoir cinq ou six ans et, a moins que l’innocente lumiere de l’apres-midi ne fasse des siennes, ce sont bien des larmes qui brillent sur ses joues.
Francesco modifie son trajet et s’approche de lui, le heurtant maladroitement :
Excuse-moi, ces chaussures…
L’enfant se tait, il semble avoir peur. Il recule de quelques pas, comme s’il voulait fuir.
Pourquoi pleures-tu ? Tu as besoin d’aide ?
– Mes chaussures, elles sont neuves…, bafouille l’enfant, qui a trouve le courage de parler.
– Quoi ?
– J’ai dit que mes chaussures, elles sont neuves. C’est des chaussures anglaises…
– Ou est ton pere ?
– Je l’attends…
– Tu es sur que tout va bien ?
– Oui… Il n’en est pas sur du tout, sa voix tremble. D’accord, maintenant je dois filer, dit Francesco en caressant ses cheveux bruns et lisses, comme pour les rechauffer. Mais en cas de besoin, appelle-moi… Tu me trouveras facilement, je serai en train de jouer…

Us ont pris place sur les sieges en cuir de la voiture et son pere a conduit Alberto de Collecchio, leur village, jusqu’a la ville distante d’a peine dix kilometres. La ville est grande, avec ses rues et ses parcs de stationnement, les couleurs des phares et des plantes. Alberto a vu la rue des sandwiches, la piazza Garibaldi avec la statue en bronze du heros des deux mondes, la rue des eglises : c’etait beaucoup mieux que de rester a la maison a lire les aventures du prince de Donegal ou a construire une voiture en Lego. C’etait vraiment beau.
Mais a present son pere a disparu, il est invisible, il n’est pas la.