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Un serpent a Alemdag

Couverture du livre Un serpent a Alemdag

Auteur : Sait Faik Abasiyanik

Preface : Nedim Gursel

Traducteur : Rosie Pinhas-Delpuech

Date de saisie : 20/10/2007

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Bleu autour, Saint-Pourcain-sur-Sioule, France

Collection : D’un lieu l’autre

Prix : 14.00 €

ISBN : 978-2-912019-57-8

GENCOD : 9782912019578

Sorti le : 20/10/2007

  • Les presentations des editeurs : 31/10/2007

Devrait-on le taire parce que c’est attendu ? Dans ce recueil qu’il publie l’annee de sa mort,
Sait Faik est au sommet de son art. A la maniere d’un Fellini, il convoque tous les personnages
de sa vie : provinciaux ridicules et attachants, femmes legeres et Meres Courage, pecheurs grecs de son ile, proxenetes d’Istanbul, poissons et mouettes a l’agonie. Et, tel le peintre qui,
sur ses dernieres toiles, ne s’embarrasse plus guere des contours mais fait primer la couleur,
le mouvement et le rythme, Sait Faik deploie son petit monde de perdants – et lui avec – dans un carrousel grincant et fascinant.

Extrait de la preface de Nedim Gursel

Un bel endroit, Alemdag. Istanbul est dans la boue. Les chauffeurs de taxis font expres d’eclabousser les gens avec les flaques. La neige fait expres de nous tomber tout dedans.
Une femme jette un chat par la fenetre du cinquieme etage. […] Si seulement il neigeait.
Quand il neige, il y a de nouveau comme des tiedeurs dans l’air.

  • Les courts extraits de livres : 31/10/2007

Une histoire comme ca

En sortant du cinema, il s’etait remis a pleuvoir. Que faire ? J’ai peste. Jusqu’a la septieme generation de femmes. J’avais tres envie de marcher… Un chauffeur a crie :
– Atikali, Atikali !
Atikali, a cette heure de la nuit, pourquoi pas. Je suis monte a cote du chauffeur. Nous avons roule par monts et par vaux. A travers les vitres embuees, gouttelees, teintees de rouge, de jaune, de vert, dans une vague de couleurs et de lumieres, nous sommes arrives a Atikali.
En descendant a la station Bomonti de Şişli, il me suffit de faire cent pas pour arriver chez moi, me rouler en boule dans le creux de mon lit aux deux edredons et de penser a Panjo. Pour le moment, je n’ai personne d’autre. Dans une des iles d’Istanbul, ma mere malade est dans son lit. Sous son lit, mon chien noir nous attend, elle et moi. Panjo habite une rue qui s’appelle Fraise. Dans son reve, il voit des matches de football. Ou, toujours dans son reve, il joue aux cartes, a la bataille. Et moi, minuit passe par une nuit pluvieuse, je suis a Atikali. Disons que je me trouve sur un boulevard. Je marche. Il pleut des cordes. Oui, la pluie, la solitude, Atikali ont raison : a mesure que je m’eloigne, je pense a ma mere, a Panjo, a mon chien Arap.
Tous les trois dorment. Ma mere ronfle, Arap est eveille, il tend l’oreille vers la rue, Panjo ne reve meme pas, tout a l’heure j’ai raconte des betises.
Et moi, tout en pensant a deux humains et a un animal, je marche sous la pluie dans les rues d’Atikali. On entend le sifflet des gardiens de nuit. Quelqu’un se precipite comme un fou hors de chez lui. Il se jette sur moi.
– J’ai tue mon amie, cache-moi mon frere, qu’il dit.
Je lui montre la poche de mon manteau. Celle ou la pluie est entree par les coutures, celle qui sent le sesame de mon simit du matin. Il disparait a l’interieur.
Je m’adresse a ma poche :
– Comment tu t’appelles ?
– Hidayet.
– Pourquoi tu as tue, Hidayet ?
– Parce que je l’aimais, mon frere !