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Une histoire des haines d’ecrivains

Auteur : Anne-Brigitte Kern | Etienne Kern

Date de saisie : 16/02/2009

Genre : Litterature Etudes et theories

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 19.00 / 124.63 F

ISBN : 978-2-08-121653-2

GENCOD : 9782081216532

Sorti le : 21/01/2009

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  • Le courrier des auteurs : 16/02/2009

Chers libraires,
Avouons-le d’emblee, pour nous, les librairies sont une incitation a pratiquer les plus delicieux des vices.
L’infidelite, d’abord, car elles ont toutes leurs attraits, depuis les immenses dedales de rayonnages du Quartier Latin, du centre historique de Nantes ou de Strasbourg, ou, jeunes etudiants presses, nous etions surs de denicher de secourables ouvrages, jusqu’aux minuscules mais chatoyantes cavernes d’Ali Baba qui regorgent des tresors les plus inattendus, comme la librairie du Septentrion, a Saint-Malo… Lors de promenades ou de voyages, les librairies constituent un but en soi, une visite indispensable, un repere familier qui nous rassure – nous songeons souvent a l’etonnante librairie-cafe de Dinan ou nous nous refugiames un jour de pluie ou aux superbes librairies francaises de Rome ou d’Athenes…
L’infidelite, mais aussi la paresse – a moins qu’il ne s’agisse de gourmandise -, lorsque nos flaneries se prolongent et que le plaisir de feuilleter, de fouiller, de fouiner, laisse deja presager celui que la lecture nous promet. Nous sommes donc bien coupables…
Mais peut-etre moins que nos chers ecrivains, romantiques, parnassiens ou symbolistes, qui firent des librairies l’un des theatres privilegies de leur combat pour le succes et la gloire, et des libraires les arbitres de leurs querelles, comme nous le racontons dans Une histoire des haines d’ecrivains (Flammarion). Il y est question d’autres peches capitaux, l’envie, la colere, l’orgueil – toute une galerie de sentiments et de ressentiments… Pour ne prendre qu’un exemple, et parmi les plus fameux, que de haines – mais aussi que d’espoirs ! – trouverent a s’exprimer dans les locaux de la librairie Alphonse Lemerre, a Paris, passage Choiseul ! Anatole France, entre comme simple commis, y construisit sa carriere aux cotes de Banville, Leconte de Lisle ou Catulle Mendes, quand Mallarme et Verlaine y connurent le succes comme la deconvenue…
Par une ironie du sort, ces haines litteraires retrouvent une nouvelle fois le chemin des librairies : puissent-elles divertir nos lecteurs autant qu’elles nous ont amuses !

Anne Boquel
Etienne Kern

  • Les presentations des editeurs : 20/01/2009

Avez-vous bien des ennemis ? Voila ce qui preoccupe Balzac, dans la lettre qu’il ecrit a son confrere Eugene Sue le 18 novembre 1832. Sue repond sur le meme ton : Les ennemis ? Oh ! tres bien, parfaits et en quantite.
La course aux honneurs et a la gloire est indissociable de la condition d’ecrivain, particulierement au XIXe siecle, quand la presse devient toute-puissante et que les tirages des livres augmentent toujours plus. Autant de motifs d’envie et de ressentiment pour nos chers auteurs : Balzac accuse Hugo d’utiliser des journalistes a sa botte pour l’ereinter, lequel Hugo se brouillera avec Dumas pour une sombre histoire de rivalite theatrale ; Lamartine, qui vend ses fonds de tiroir pour gagner de l’argent, devient la risee de ses pairs ; quant aux Concourt, ils crient au plagiat perpetuel : Flaubert a copie leur usage de l’imparfait, Zola leur vole le sujet de leurs livres… Tous trouvent que leurs confreres sont injustement celebres. Le Rouge et le Noir est ecrit en patois, claironne Hugo ; Sainte-Beuve, dit Sainte-Bave, et Bloy tirent sur tout ce qui bouge ou a peu pres ; Jules Renard, lui, confesse : le succes des autres me gene, mais beaucoup moins que s’il etait merite.
C’est parce qu’ils sont ecrivains, parce qu’ils savent quel mot fait mouche et fait rire, que leurs haines sont si savoureuses pour nous, lecteurs. Fulgurances de l’esprit, ruses et dedains, mensonges et duperies : ne boudons pas notre plaisir…

Anciens eleves de l’Ecole normale superieure, Anne Boquel et Etienne Kern sont agreges de lettres, et enseignent respectivement a l’universite Paris IV et a l’universite Paris X (Nanterre). Tres jeunes (ils ont vingt-cinq ans), ces deux passionnes de litterature ont un talent rare pour en raconter les coulisses.

  • La revue de presse Sebastien Lapaque – Le Figaro du 22 janvier 2008

En quelques chapitres renseignes, Etienne Kern et Anne Boquel cartographient le theatre des operations au XIXe siecle. C’etait une epoque ou la litterature etait une chose serieuse et le metier de critique une vocation, partant un ministere. On peut etre tente d’opposer le camp des journalistes et celui des createurs, ceux-ci vivant dans leur splendide isolement, ceux-la ruminant leur aigreur d’ecrivains rates…
Mais l’Histoire des haines d’ecrivains de Kern & Boquel ne depeint pas les hostilites sur les pentes du Parnasse comme un conflit borgne entre deux mondes qui s’ignoreraient. Au contraire. C’est parce que tous ces romanciers, tous ces poetes et tous ces dramaturges se connaissaient bien qu’ils se mitraillaient d’un journal a l’autre…
On cherche en vain une telle generosite entre ecrivains dans l’obscurite du temps ou nous sommes. Avec les haines, ce sont tous les elans du coeur qu’on voit refroidis. Helas : les petits commercants ont pris le pas sur les grands seigneurs.

  • La revue de presse Francois Busnel – L’Express du 21 janvier 2009

Il ne faut jamais negliger les coulisses de l’Histoire, on y apprend de quelle etoffe sont faits les heros que l’on pretend statufier. Deux universitaires ont decide de revisiter, par le trou de la serrure, l’histoire litteraire. Le resultat est passionnant. Il faut dire que les personnages de ce roman de la haine sont de tout premier ordre : Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Vigny, Dumas, Balzac, Zola, Verlaine… Tous ont un point commun : une inextinguible haine vouee a leurs semblables…
Tous vaniteux, les ecrivains ? Tous. Les exemples abondent, developpes ici avec une verve charmante et un luxe inoui de details. La haine fait partie integrante de la condition d’homme de lettres. Et les femmes ne sont pas en reste : George Sand et ce pauvre Musset, Louise Colet passant de Flaubert a Vigny, Marie Dorval trompant le meme Vigny avec Alexandre Dumas…

  • La revue de presse Jean-Paul Enthoven – Le Point du 8 janvier 2009

Une edifiante histoire des medisances et de la cruaute en usage parmi les ecrivains vient de paraitre. De Hugo jusqu’a Proust-et au-dela…
Le resultat n’est pas triste : chez les ecrivains-geniaux ou mediocres-, on se hait mieux qu’ailleurs. Et l’on y dispose a foison de l’eloquence, des theories, des lieux, des strategies, des perfidies, qui aident-qui encouragent ?-les uns a vomir sur les autres…
Sur la plupart de ces dossiers, en tout cas, l’ouvrage de Kern et Boquel est exemplaire. Et leur enquete ne neglige ni les caves, ni les coulisses, ni les lieux d’aisances. Si les Rastignac, les D’Orsay ou les Bel-Ami de l’avenir les lisent avec attention, ils choisiront peut-etre de s’installer en province, au coin d’un bon feu…

  • Les courts extraits de livres : 20/01/2009

Extrait du prologue :

J’ai deux sortes d’amis. Des amis tiedes et des amis hostiles. […]
Non, soyons juste, j’ai des amis de trois sortes :
Des amis qui m’aiment.
Des amis qui me trompent.
Des amis qui me detestent.

Vigny, Journal d’un poete, mars 1844.

“Avez-vous bien des ennemis ? C’est en ces termes qu’Honore de Balzac, trente-trois ans, s’enquiert de son confrere Eugene Sue dans une lettre datee du 18 novembre 1832. Sue, vingt-huit ans, repond sur le meme ton : Les ennemis ? Oh ! tres bien, parfaits et en quantite.
Nos deux jeunes auteurs, alors a peu pres inconnus, ont beau jouer aux vieux briscards a qui on ne la fait pas, leur entrain factice et leur ironie subtile dissimulent mal la dure realite de la voie qu’ils ont choisie. Embrasser la carriere litteraire, c’est s’exposer aux desillusions, aux railleries, aux ragots, ou, pour parler comme au XIXe siecle, aux ereintements : autant d’avanies qui supposent une reelle capacite de resistance aux coups. De tous cotes, les haines les plus feroces se dressent sur le chemin de l’ecrivain. Si le public savait, se lamentent les freres Goncourt, a quel prix est acquise une toute petite notoriete et par combien d’insultes, d’outrages, de calomnies, […] il nous plaindrait.
Nous laisserons-nous pourtant arracher une larme par ce cri de detresse ? Rien n’est moins sur. La victime d’un jour, bien loin de tendre l’autre joue, est toujours celle qui porte l’estocade le lendemain. Les ecrivains savent, mieux que quiconque, que l’attaque est souvent la meilleure des defenses.
Et quelle attaque ! Des exemples ? Barbey d’Aurevilly, qui trouve le style de Merimee trop sec, a la main lourde avec son rival : il a les jambes du paon mais il n’en a pas la queue. Est-ce a dire que la poesie quelque peu verbeuse des Contemplations de Victor Hugo lui plait davantage ? Tant s’en faut : C’est kilogrammatique ! Zola est-il mieux loti ? C’est le Michel-Ange de la crotte !
Quand ce n’est pas l’oeuvre, ce sont les petits travers des confreres honnis qui nourrissent les tirs ennemis.