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Une jeunesse marocaine : l’histoire meconnue des Pieds-Noirs du Maroc

Auteur : Pierre Grouix

Date de saisie : 03/04/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Gens d’ici et d’ailleurs

Prix : 19.90 / 130.54 F

ISBN : 978-2-268-06503-8

GENCOD : 9782268065038

Sorti le : 03/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Souvent d’origine mediterraneenne, de nombreuses familles ont vecu en Afrique du Nord a l’epoque de la presence francaise. Ainsi les Conesa, Espagnols passes par l’Algerie. Leurs enfants, trois fils et une fille, Victorine, voient le jour en Oranie au debut du XXe siecle. Les mariages entre nationalites sont alors monnaie courante : lorsque Victorine epouse Camille-Eugene Grouix, d’origine auvergnate, debute l’histoire franco-espagnole de cette famille.
Or, tous les Pieds-Noirs ne sont pas algeriens. A compter de 1928, cette vie nomade se poursuit dans un pays voisin, ou d’autres Francais ont vecu au temps du protectorat voulu par Lyautey. C’est la, dans une cite batie ex nihilo, que nait en 1941 Camille Grouix. Il passera dix-sept ans dans un pays qu’il quitte au temps de la decolonisation pour ne jamais y revenir. Il n’en parlera pas davantage.
L’auteur a pourtant voulu creuser cet assourdissant silence. Car, trame et drame des jours, grande histoire et petites histoires, ces pages sont d’abord ecrites par un fils. Elles sont, dirait Camus, une recherche du pere.
En effet, si ce pays particulier est le Maroc, si cette ville surgie de rien s’appelle Fez-Ville Nouvelle, cet homme est son pere.

Fils de Camille Grouix (1941-2001), Pierre Grouix, normalien agrege, a publie une trentaine d’ouvrages dont, dans la meme collection, Russes de France, d’hier a aujourd’hui.

Ancien eleve de l’ENS, agrege des lettres, Pierre Grouix a publie une trentaine de livres. Traducteur, il a recu en 2007 la bourse de traduction du Prix Europeen de Litterature. Il a publie des articles sur la litterature arabe. Specialiste de Camus et notamment du Premier Homme, il lui a consacre plusieurs articles et conferences en France et a l’etranger. Il collabore au dictionnaire Camus a paraitre aux PUF en 2009 et prepare un ouvrage sur Camus. Il est membre du comite editorial de la revue francophone Riveneuve Continents. Il est l’auteur de Russes de France (2006), paru dans la meme collection.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Extrait de l’introduction :

AU NOM DE TOUS LES MIENS

Ou que je sois par le vaste globe, je porte en moi chaque pierre de mon pays natal, chaque goutte de son eau, toute la lumiere de son ciel, toutes les vies de nos ancetres.
Driss Chraibi

Pour les Pieds-Noirs qui ont tout perdu, l’Histoire c’est ce qui reste. Pour eux, plus que pour tout autre, l’Histoire peut donc etre un enjeu, le dernier moyen de savoir vraiment qui ils sont.
Daniel Leconte

Mon devoir envers la memoire de mon pere est de tacher d’etre, comme lui, serviteur de la Verite.
Leon L. Tolstoi

J’aimerais connaitre mon pere comme si je l’avais fait. Tout savoir de lui, soleil et ombre. L’avoir cotoye trente-six ans ne suffit pas ; j’ignore sa jeunesse dans un autre pays, le Maroc, dix-sept ans sur les soixante de sa vie breve comme un couchant africain. A l’inverse, je sais tout de ce qu’un fils peut savoir sur l’enfance de sa mere. Sauf les secrets que, comme une nacre, toute famille, justement, secrete. J’ai vecu mon enfance sur les memes lieux qu’elle, en France, de ce cote de l’eau. Tout sur ma mere et sahara (le vide) sur mon pere. Ma memoire est hemiplegique.
On decrit souvent les Pieds-Noirs comme des Meridionaux bon teint. Vers 1960, a leur arrivee en metropole, meme les Marseillais, qui patissent de la meme reputation, les caricaturaient ainsi. Forfanterie, faconde, verbe haut, accent fort, gestes a l’appui, ils sont vus du cote de l’exteriorite. Camille Grouix ne repondait pas a ce cliche, parlait sans exageration, sans accent, sauf lorsqu’il etait emu, ou fache. Mais la colere est breve et vive comme la flamme, disent les Marocains. En lui, pas de tchatche, plutot des silences. Sa jeunesse marocaine en est un. Assourdissant. Je m’y interesse en raison inverse de son mutisme. Pour deux. Quand le cliche tire sans amenite les Pieds-Noirs du cote de la logorrhee, du mauvais theatre, qu’il ne pousse pas la generosite jusqu’a leur preter une ame, on gagnerait a les chercher hors de la caricature, la ou, a tort, on ne les attend pas. Dans leur pudeur. Leurs silences, justement.
Lorsqu’elle arrive – et non revient – en France, cette collectivite historique au destin specifique decouvre un pays dont elle parle la langue mais dont elle ignore le fonctionnement social. Moins de 1 % des Pieds-Noirs avait ete dans un pays dont ils esperent forcement quelque chose mais qui, lui, ne reconnait pas ses fils differents. Pris entre raison d’Etat et raison d’etre la, reliquat anachronique d’un ordre qui n’est plus, ils ne savent pas ce qui les attend, ils savent juste que personne ne les attend. En 1962, 62 % des Francais declarent ne rien leur devoir.
Pieds-Noirs, de quoi s’agit-il ? On a conjecture sur l’etymologie d’un sobriquet peu flatteur, stigmatisant, on a laisse des acteurs les interpreter a l’ecran (Robert Castel, Roger Hanin, Marthe Villalonga), sur les planches {La Famille Hernandez), plutot que de leur demander qui ils etaient. Batissant son etude autour d’entretiens, Jeannine Verdes-Leroux s’interroge : En arrivant apres coup pour analyser les Pieds-Noirs, on se demande si la question de leur sort reel a preoccupe les negociateurs et le gouvernement. Qui les avait vraiment ecoutes ? Comme le rappelle son temoin Alain Peyrefitte, de Gaulle, honni par bon nombre de Pieds-Noirs qui le tiennent pour responsable de leur depart, considerait qu’ils n’etaient pas de vrais Francais, semblables a ceux qu’il nommait les bougnouls. On les a vus comme des Francais entierement a part, ils etaient des Francais a part entiere. D’autres les ont pris pour de riches colons, des nababs exploitant les populations locales, faisant suer le burnous, du nom du manteau de laine a capuche des Arabes. Au revers, comme le rappelle avec mesure le plus connu des ecrivains issus de ce groupe, les hommes de ma famille etaient pauvres et sans haine et n’ont jamais exploite personne. Les trois quarts des Francais d’Algerie leur ressemblent (Camus). Les Pieds-Noirs exercaient plutot des professions liberales, etaient commercants, fonctionnaires, ouvriers, artisans, mais aussi la caricature continue. Ce sont a present de petits Blancs profiteurs. Il ne suffit pas d’avoir vecu dans les colonies francaises – fussent-elles, au Maroc et en Tunisie, des protectorats – pour etre colons. Ou les mots ne veulent plus rien dire.