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Une langue orpheline

Auteur : Bernard Cerquiglini

Date de saisie : 30/03/2007

Genre : Langues

Editeur : Minuit, Paris, France

Collection : Paradoxe

Prix : 21.50 / 141.03 F

ISBN : 978-2-7073-1981-4

GENCOD : 9782707319814

Sorti le : 15/03/2007

  • Les courtes lectures : Lu par Joachim Salinger 030407 – 16/09/2008

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Joachim Salinger 030407 – 05/04/2007

  • Les presentations des editeurs : 16/09/2008

On a longtemps cherche pour la langue francaise des origines les plus nobles, justifiant sa grandeur. Decouvrir qu’elle provenait d’un latin populaire mele de gaulois et de germanique, qu’elle etait la moins latine des langues romanes fut un chagrin.
On sut toutefois compenser ce manque initial en edifiant un idiome comparable a la latinite enfuie : orthographe savante, lexique refait, grammaire reglee, fonction sociale eminente. C’est pourquoi le francais, admirable latin de desespoir, est aussi la plus monumentale des langues romanes.
On sut enfin donner a la langue nationale une origine, autochtone, enfin gratifiante. Le parler de l’Ile-de-France, dialecte elegant et pur, aurait eu depuis toujours la faveur des ecrivains, la protection des princes ; il aurait ete la source incomparable de l’idiome irriguant la France et le monde. A la fin du XIXe siecle, la science republicaine changea cette legende en savoir positif, offrant au pays meurtri la raison d’admirer son langage et de le repandre.
Une langue orpheline est ainsi devenue l’exemple universel de la perfection naturelle que confortent les artistes et les doctes, ainsi que l’identite d’une nation, et sa passion la plus vertueuse.

  • Les courts extraits de livres : 16/09/2008

EPIPHANIE PARISIENNE

Que le meilleur francais s’entende a Paris, nul academicien n’en disconviendrait aujourd’hui ; bon nombre de manuels prennent pour norme le parler du bourgeois parisien cultive. L’on en pourrait aisement produire l’explication. C’est dans la capitale que resident les instances de constitution et de diffusion de la norme : academies, ministeres, conseils, centres prestigieux de recherche et de formation, sieges des grands medias ecrits ou audiovisuels. En contrepartie on sait l’insecurite que peuvent ressentir les locuteurs des divers francais regionaux (c’est-a-dire non parisiens) : il n’est pas accidentel que les meilleurs grammairiens contemporains soient belges ; a rebours, mais confirmant la these, on notera chez certains linguistes quebecois la revendication et la promotion d’une forme specifique et autonome de la langue, ne devant rien au francais international juge trop parisien. La precellence du parler parisien est si certaine qu’elle ne saurait nous arreter, sauf a rappeler que, comme toute evidence, elle est historiquement construite.
L’apparition d’un tropisme central dans le discours sur les sources de la langue s’est faite en deux temps. Tout d’abord il s’est agi, de facon synchronique pourrait-on dire, de savoir si l’excellence langagiere etait assignable a un lieu, et de determiner lequel ; resoudre cette question fut l’affaire du XVIe siecle : la preeminence parisienne fut assez rapidement acquise ; nous lui consacrons ce chapitre. Il fut plus delicat de resoudre le probleme que la linguistique historique, dans son essor au XIXe siecle, avait formule. Question anachronique cette fois, et liee a la pensee des origines qui oriente alors la reflexion scientifique (reconstruction et classement des langues, considerees comme des especes) ; etant donne le morcellement dialectal suppose du tres ancien francais et l’unite actuelle du francais national, comment penser la continuite, forcement evolutive, de l’un a l’autre ?