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Une melancolie arabe

Auteur : Abdellah Taia

Date de saisie : 06/03/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre rouge

Prix : 13.00 / 85.27 F

ISBN : 978-2-02-097233-8

GENCOD : 9782020972338

Sorti le : 06/03/2008

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  • Les presentations des editeurs : 17/03/2008

Sale, pres de Rabat. Milieu des annees 80.
Un adolescent pauvre court a perdre haleine. Vers son reve, devenir metteur en scene de cinema, vers sa star egyptienne : Souad Hosni – ailleurs, loin de son quartier, qu’il aime et deteste a la fois, qui veut le fixer dans une identite-cliche, dans la honte a jamais : le garcon effemine. Un futur fou. Alors, il court… C’est sa seule force, sa seule facon d’affronter la violence de son Maroc. Detourner le regard. Dans cette course, il rencontre une bande de jeunes hommes qui essaient de le violer. La voix du muezzin appelant a la priere le sauve. Quelques instants apres, il s’accroche a un poteau electrique, rencontre la mort. Une melancolie arabe donne a voir et a sentir le corps possede et poetique de ce jeune Marocain qui tombe quatre fois. A Sale. A Marrakech. A Paris. Au Caire. Il meurt. Il ressuscite. Avec ses propres images, il construit pas a pas son destin : sa vocation de createur, son amour pour les hommes, le mystere des origines. Decrivant les desarrois d’un je en pleine bataille, Abdellah Taia invite aussi a regarder differemment la culture d’un monde arabe qui, comme lui, tombe et renait.

  • La revue de presse Josyane Savigneau – Le Monde du 16 mai 2008

Dans son beau roman autobiographique, L’Armee du salut (Seuil, 2006), Abdellah Taia racontait avec elegance son enfance marocaine et son desir d’Europe. Dans Une melancolie arabe, recit de nouveau a la premiere personne, dont le narrateur s’appelle toujours Abdellah Taia, il met la meme pudeur pour parler de ses amours, souvent malheureuses, avec les hommes, et la meme poesie pour evoquer ses souvenirs…
Et que dire desormais de cette si belle histoire avec un homme qu’on a pousse a la rupture ? Il s’appelait Slimane. Abdellah et lui se sont passionnement aimes, au point d’ecrire ensemble, “l’un pour l’autre, l’un l’histoire de l’autre, son passe, ses personnages, ses images, ses obsessions”. Quand Slimane est parti, il a emporte avec lui “les deux grands cahiers”. Il en a un jour rendu une partie, la glissant sous la porte. Abdellah lui a alors ecrit une longue lettre, ou il confesse : “Avec toi, je redevenais arabe et je depassais en meme temps cette condition.” La reponse est arrivee un an plus tard, et elle clot le livre, avec une infinie “melancolie arabe”…

  • Les courts extraits de livres : 17/03/2008

J’etais dans ma deuxieme vie. Je venais de rencontrer la mort. J’etais parti. Puis revenu.
Je courais. Je courais. Vite, vite. Vite. Vite.
Vers ou ? Pourquoi ? Je ne le sais pas pour l’instant. Je ne me rappelle pas tout. Je ne me rappelle rien maintenant a vrai dire. Mais ca va venir, je le sais.
Je vois des mots, j’entends des voix. Je vois une image, la meme image rouge et jaune encore et encore. C’est flou. Ca finira par se preciser. J’attends. Je n’ecris plus. Je suis sur mon petit lit. J’essaie de remplir les pages de mon journal intime. Un futur livre. Je me concentre. Je me force a retrouver ce moment, cette course. Cette poursuite. Je ne respire plus. Je ferme les yeux. Je me concentre davantage. Je me recroqueville et j’essaie de distinguer les voix d’un autre monde qui m’arrivent avec fracas et qui d’un seul coup s’arretent. Je me relache. J’ai peur. Je regarde le ciel puis mes pieds un peu sales.
C’est en train de revenir a ma tete, a ma memoire, a mon corps. A mes doigts. Je le sens, je le sens. Ca vient, ca vient. Je suis heureux. Je suis excite. Mon coeur s’emballe. Ma peau se detend. Je leve la tete, j’ouvre un oeil et je regarde ce qui descend.
C’est moi. Moi. Petit. Adolescent des annees 80. Un gros cartable plaque sur mon ventre, je traverse le temps, les secondes, les minutes, a toute vitesse. Je suis dans une course. Je n’ai qu’une seule idee en tete. Une obsession. Une actrice egyptienne, mythique, belle, plus que belle. Souad Hosni. Une realite. Ma realite. Je suis presse d’aller dans mon autre vie, imaginaire, vraie, entrer en communion avec elle, chercher en elle mon ame inconnue.
Je cours de plus en plus vite. Je cours longtemps. Par la bouche grande ouverte, j’avale l’air. Je ne sens plus mes grands pieds. Je ne sens plus mon nez encore petit. Je ne me sens plus tout entier. Je me depasse. Je n’ai plus de consistance. Je vais bientot voler, survoler les frontieres des mondes. Disparaitre dans les nuages, revenir et voir, me voir.
Il ne reste de ma premiere vie, mon premier cycle de vie, l’enfance nue, seule, parfois en groupe, qu’une odeur, humaine, forte, derangeante, possessive. Celle de ma mere M’Barka. Celle de son corps campagnard et legerement gras. Ma mere qui ne s’est pas lavee depuis une semaine. Une odeur des origines, les siennes. Les miennes. Tadla : elle est de ce bled traverse par le fleuve d’Oum Rabii. Je suis avec elle dans son corps. Je suis comme elle de cette region que je n’ai jamais connue. Ni respiree. Mais a travers M’Barka, ce monde d’hier, je l’ai palpitant en moi ce jour-la, durant cette course pour arriver chez moi et aller vers Tailleurs, le reve leger et bientot heureux d’une autre vie qui a commence avant moi.
Une rencontre. Une fusion.
Les pieds nus je venais de mourir.

Je me souviens de tout maintenant.
Je peux ecrire.
C’etait l’ete, en plein ete, aout, le 7 aout. C’etaient les vacances, les grandes et interminables vacances qui me donnaient quotidiennement la folie et la fievre.
Mes parents dormaient. Tout le quartier de Hay Salam faisait la sieste. Seuls les vendeurs de cigarettes au detail resistaient a l’appel du sommeil. Ils restaient au coin du derb, fideles, a attendre, a esperer, leur petit transistor branche sur la radio de Tanger, Medi. Je les aimais. De loin. Je ne leur parlais jamais. Ils m’attiraient. C’etaient des mauvais garcons. Les durs. Les maudits. Les balafres. Ils buvaient toutes les nuits du vin bon marche en ecoutant leur muse, Oum Kalthoum. Je les aime toujours. Je ne les oublie pas.