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Une si longue presence : comment le monde arabe a perdu ses Juifs : 1947-1967

Auteur : Nathan Weinstock

Date de saisie : 12/01/2008

Genre : Histoire

Editeur : Plon, Paris, France

Collection : Histoire contemporaine

Prix : 23.00 / 150.87 F

ISBN : 978-2-259-20493-4

GENCOD : 9782259204934

Sorti le : 03/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/01/2008

Les Juifs qui vivaient dans le monde arabe etaient 900 000 en 1948. Aujourd’hui il n’en reste que 4 500. Il s’agit d’une veritable saignee sur des terres ou ils etaient presents bien avant l’apparition de l’islam. Il n’est pas de bon ton aujourd’hui d’evoquer le malheur des minorites qui subissent le joug d’islamistes de plus en plus radicalises. Dans cet essai rigoureux et documente, l’auteur retrace le parcours des communautes juives dans chaque etat arabe, prises en tenaille entre l’Orient ancre dans ses traditions et l’Occident emancipe. Une trajectoire qui a debouche sur la faillite de notre monde de plus en plus refractaire a accepter l’autre, et dont on peut craindre de redoutables consequences sur nos democraties.

Membre du Conseil scientifique de l’Institut d’Etudes Juives aupres de l’Universite libre de Bruxelles, Nathan Weinstock est notamment l’auteur d’une etude sur la dhimmitude dans le conflit israelo-palestinien (Histoire de chiens).

  • Les courts extraits de livres : 17/01/2008

Introduction
Le vide

J’ai tout supporte d’un patient haussement d’epaule, car la patience est la marque de notre tribu tout entiere. Vous m’appelez mecreant, chien d’egorgeur et vous crachez sur ma houppelande de juif et tout cela parce que j’use de ce qui m’appartient.
Shakespeare, Le Marchand de Venise.

Le constat incontournable : une elimination d’une brutalite sans precedent

Au depart, un constat – tranchant comme un couperet, incontournable. En 1945, le monde arabe abritait en son sein une minorite juive de pres de 900 000 ames. N’en subsiste aujourd’hui tout au plus qu’un reliquat de 4 500 rescapes. Autrement dit, plus de 99,5 % de la population juive des Etats arabes a ete reduite a l’exil. Mesure-t-on la gravite de ce phenomene, de cette dissonance inecoutable ? L’ampleur de cette elimination est en effet sans precedent. Au cours des dernieres decennies d’existence de la Russie tsariste, en depit de persecutions effroyables, de pogroms a repetition et de la politique ouvertement antisemite pratiquee par les autorites, les deux tiers de la population juive ont continue a s’accrocher a leur pays natal avec l’energie du desespoir. A partir de 1933, le regime hitlerien, avant qu’il ne s’engage dans le genocide, affiche sa volonte d’extirper les non-Aryens de la societe allemande a coups de lois discriminatoires et d’exception, de predations sanglantes, de persecutions, de boycotts et d’internements dans des camps de concentration. Et pourtant, a la veille de la Seconde Guerre mondiale, un tiers des Juifs allemands persiste encore, envers et contre tout, a demeurer dans leur pays de naissance. En 1968-1969, c’etait au tour des dirigeants communistes de la democratie populaire polonaise de declencher une ecoeurante campagne antijuive (pudiquement intitulee antisioniste) dans le meilleur style policier stalinien, accompagnee de denonciations publiques, de licenciements massifs et de mobilisations de foule, le tout sur fond de campagnes haineuses, d’une violence inouie, des medias contre la minorite juive proclamee bouc emissaire du regime en deconfiture. Purge qui a incite 20 000 des 25 000 membres de la communaute a emigrer, ce qui signifie qu’un residu correspondant a un cinquieme des Juifs a donc resiste aux pressions et aux persecutions, refusant de quitter ses foyers. De toute evidence, le taux de plus de 99 % de departs enregistre dans les Etats arabes – analogue en cela aux resultats electoraux du meme ordre de grandeur – est indicatif d’un climat etouffant marque par le regne de la peur. Non pas que je cherche a etablir une equivalence mecanique entre les pires persecutions que les Juifs aient eu a subir au cours des cent cinquante dernieres annees et les avanies qui les ont accables sous l’empire de l’islam. Mais il est des pourcentages qui ne trompent pas.

Une minorite extraite de force de son environnement naturel

Comment expliquer cette epuration mathematiquement quasi parfaite de la composante juive du monde arabe, persecutee en bloc et extraite de force par les gouvernements arabes de leur environnement naturel ? Surement pas en invoquant une pretendue absence d’integration des Juifs aux populations du Proche-Orient ou de l’Afrique du Nord. Forte d’une presence bimillenaire, la communaute juive y etait deja ancree plusieurs siecles avant la naissance de l’islam car les Juifs de la sphere arabo-musulmane etaient, au sens plein du terme, des autochtones. Pas davantage en alleguant une alienation supposee par rapport aux aspirations nationales, sociales ou culturelles de la masse de la population. Aurait-on oublie que c’est le Juif Jacob Sanoua (dit Abou Naddara) qui a lance en Egypte le mot d’ordre qui a galvanise sa generation : l’Egypte aux Egyptiens ? Que ce sont des militants juifs qui ont fourni l’armature humaine des partis communistes d’Afrique du Nord, d’Egypte, d’Irak et de Palestine qui avaient fait de la lutte contre le colonialisme leur cheval de bataille ? Que les lettres arabes modernes doivent tout aux auteurs judeo-irakiens de l’entre-deux-guerres ? Pas plus que l’on ne saurait avancer que le malheur des communautes juives trouverait sa source dans un quelconque militantisme sioniste qui les aurait detachees de leur environnement. Il se trouve justement que, dans l’ensemble, l’implantation du mouvement sioniste dans la region s’est revelee un processus ardu et laborieux. Ses partisans se sont heurtes, en regle generale, a une desaffection globale, quand ce n’etait pas a une opposition farouche.
(…)