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Vous avez dit musees ? : tout savoir sur la crise culturelle

Couverture du livre Vous avez dit musees ? : tout savoir sur la crise culturelle

Auteur : Laurent Gervereau

Illustrateur : Francois Dimberton

Date de saisie : 20/11/2006

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : CNRS Editions, Paris, France

Collection : Carre des sciences

Prix : 14.00 / 91.83 F

ISBN : 978-2-271-06480-6

GENCOD : 9782271064806

  • Les courtes lectures : Lu par Charlotte Etasse, eleve du Cours Florent – 20/11/2006

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Charlotte Etasse, eleve du Cours Florent

  • Les presentations des editeurs : 29/10/2006

Laurent Gervereau a cree en 1991 l’Association internationale des musees d’histoire, puis le Conseil francais et le Conseil europeen. Il a dirige le Musee d’histoire contemporaine et le Musee du Cinema-Henri Langlois. Commissaire de tres nombreuses expositions d’art ou d’histoire, president de l’Institut des Images et du Reseau des musees de l’Europe, il est membre du Parlement europeen de la Culture et directeur des bibliotheques de l’Agro et du Musee du Vivant, consacre a l’ecologie et au developpement durable sur un plan international. Depuis trente ans, membre de tres nombreux comites scientifiques, il a visite et conseille des institutions de tous les continents.

La culture, starifiee dans les annees 1980, notamment a travers les musees, nouveaux phares touristiques et identitaires pour des regions entieres, devient aujourd’hui a la fois une industrie de produits de masse et le simple pretexte a fabrication de manifestations temporaires spectaculaires, jusqu’a l’instrumentalisation politique de la commemoration. Pourtant, dans l’actuelle guerre mondiale mediatique, la culture produit directement l’image de marque. Alors, le tourisme est-il une pollution ou une chance de developpement et de rayonnement ? Peut-on delivrer une culture de qualite pour tous dans des societes de la diversite ? A distance ? Et qu’est-ce donc que la culture ? Le catch ou la bande dessinee ? L’opera ou le polar ? Tout a la fois ?

Ce livre force a reflechir. Il ouvre des perspectives et montre que, dans les crises identitaires, sociales et economiques actuelles, la culture au sens large repond a une necessite de reperes, tout en restant un enjeu industriel et strategique essentiel. Dans quels lieux transformes ? Avec quel souci de diffusion ?

  • Les courts extraits de livres : 29/10/2006

L’amour des temples, espaces proteges

La premiere antienne du musee, avant son introduction dans la marchandisation du spectacle, demeure le musee de musee, exhibition de collections dans des palais anciens. Personne aujourd’hui n’est vraiment insensible a ces alignements d’objets etiquetes, que ce soit pour la mineralogie au Musee national a Prague ou les bocaux et ecorches de l’ecole veterinaire a Maisons-Alfort pres de Paris. Ni les portraits alignes dans la galerie des Illustres au chateau de Beauregard dans le Loir-et-Cher, inspiree par celle de Paolo Giovio, ami de Vasari, au Borgo Vico pres de Come. Alors, protegeons-en les perimetres sacres, laissons en l’etat ces rares tombes inviolees de nos memoires museales.
Et pourtant, le tourisme impose de nouvelles normes. Le parc d’attractions invente des palais de Dame Tartine, du faux passe, des rites en toc. A Disneyland, le Moyen Age surgit tel que reimagine par les Romantiques au XIXe siecle et copie par la litterature populaire et les films au XXe. J’ai vu des Dogons au Mali se singer eux-memes dans des ceremonies choregraphiees pour complaire aux touristes europeens et nord-americains. J’ai vu des Japonais visiter des marches (Versailles ou Rungis), ou les commercants en rajoutaient sur la taille des legumes. Bateleurs de vie typique, parcs-musees, foires d’existences simulees, comme dans cette exposition a La Villette ou il s’agissait de faire semblant d’etre un immigre.
Mais, pour beaucoup, de telles pratiques ressortissent d’extensions navrantes et, en tout cas, d’une autre nature que celles devolues a l’institution museale. Pour eux, le musee presente le musee, du moins l’icone d’un musee reve, celui de nos memoires : la collection etalee dans son integralite, dans son absurdite, dans ses rapprochements abscons et dans ses series infinies.
N’existe-t-il pourtant aucun moyen terme entre le vieux Museum et le spectacle historique ? Faisons un peu d’introspection. Abandonnons-nous a l’ego-histoire, sans cependant ceder au laxisme debilitant de l’auto-complaisance.
Je ne me souviens plus de ma premiere visite de musee. Pareil effacement reste certainement significatif d’une diversite d’appetences : passionne autant du Musee des Arts et Metiers que du Louvre ou des espaces-jardins du Louisiana au Danemark, de ces villes dans la ville aux reperes si differents. Pour moi, le musee reste une version du paradis : grace, debauche de formes, toutes offertes a votre delectation, a vos caprices, loin des remugles urbains, avec le silence d’ilots sacres. A peine arrive dans une ville, je me precipite aux musees pour tester la temperature. Jadis, la salle des Breughel du Kunsthistorisches Museum de Vienne, l’ensemble des peintures de la maison du sourd de Goya au Prado, Mondrian a La Haye ou des expositions comme celle sur la UFA au Deutsches Historisches Museum a Berlin, m’ont transporte. J’en suis sorti abasourdi. Ne parlons pas de cette visite solitaire a la Fondation Barnes a Merion aux Etats-Unis, une matinee irreelle a marcher pres des oeuvres dans les lieux deserts, scrutant les agencements de ferrures et de masques avec des toiles magiques.